Contre La sansure

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU: «Il faut cesser les ingérences extérieures» au Soudan

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Antonio Guterres est à Addis Abeba, en Éthiopie, où s’ouvre ce samedi 14 février le 39e sommet de l’Union africaine. Comme chaque année, le secrétaire général des Nations unies est invité à prendre la parole à l’ouverture du sommet.

Dans ce cadre, Antonio Guterres a accordé une interview exclusive à RFI. Il évoque la poursuite de la guerre dans l’est de la RDC, les ingérences extérieures dans le conflit au Soudan, les relations avec l’Alliance des États du Sahel ou encore le « Conseil de paix » de Donald Trump.

RFI : La chef de la Monusco a atterri jeudi 12 février à Goma, en RDC. Un symbole, puisque l’aéroport est fermé depuis un an. C’est la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui contrôle cette ville congolaise. Cela fait plus de sept mois que les différents accords de Washington, puis de Doha, ont été signés et qu’ils ne sont pas appliqués. Comment la Monusco peut-elle faire pour faire appliquer le cessez-le-feu ?

Antonio Guterres : Il faut, premièrement, reconnaître que nous avons eu un certain nombre d’accords, c’est vrai, mais que les combats se sont poursuivis et que l’attitude des deux parties est plutôt belligérante. Alors on peut signer des accords, mais s’il n’y a pas de confiance, ces accords ne vont pas résoudre le problème. La Monusco n’a pas la capacité d’imposer la paix. Ni le mandat, ni la capacité. Mais ce que nous faisons, c’est de participer activement dans les contacts avec les deux côtés, et dans les contacts avec d’autres médiateurs, pour essayer de progressivement rétablir une confiance qui a été complètement brisée. Et sans que cette confiance soit rétablie, ce sera très difficile de pacifier l’est du Congo.

L’hypothèse de sanctions internationales, contre des responsables rwandais cités dans des rapports de l’ONU, a été soulevée. Le président Paul Kagame y a d’ailleurs répondu avec virulence. Les États-Unis l’envisagent sérieusement. L’ONU aussi ?

Aux Nations unies, la question des sanctions est une question de la compétence stricte du Conseil de sécurité, et c’est une question qui n’a pas encore été discutée. Aucun pays n’a encore fait de proposition. Ce ne sera pas facile, je crois, d’obtenir le consensus du Conseil. Mais il y a une chose qui est évident : il faut rétablir l’intégrité territoriale du Congo. Et basé sur ça naturellement aussi, résoudre beaucoup de problèmes, créer des conditions de bons rapports entre les différentes communautés. Mais la question essentielle pour le moment, c’est de faire que le cessez-le-feu fonctionne effectivement. C’est un préalable pour que ce rétablissement de la confiance puisse être possible.

Sur le Sahara occidental, les Nations unies soutiennent depuis novembre dernier le plan d’autonomie marocain. Un revirement historique, l’ONU soutenait jusque-là l’autodétermination du peuple sahraoui. Des discussions ont eu lieu récemment à Madrid, avec les différentes parties, sous égide américaine et onusienne. Est-ce qu’on s’achemine vers la fin de ce conflit, vieux de 50 ans, ou est-ce qu’il y a encore des blocages sérieux ?

Je crois qu’il y a de bonnes probabilités qu’on puisse arriver à un accord. Il y a une décision du Conseil de sécurité. Basées sur cette décision, comme vous l’avez dit, les négociations se sont entamées et le rapport que j’ai, c’est que ces négociations sont en train de se dérouler avec un esprit constructif. Mais naturellement que le problème est un problème ancien, un problème complexe, et il faut attendre pour voir si vraiment on réussit à trouver une solution qui respecte les intérêts fondamentaux des deux parties.

Au Soudan, en trois ans, la guerre civile s’est internationalisée. La paix semble plus éloignée que jamais. Qu’est-ce qui peut être fait aujourd’hui, et par qui, pour mettre un terme à cette guerre ?

Je crois qu’il y a deux questions essentielles. Une première question, c’est de mieux coordonner toutes les médiations pour faire comprendre aux deux parties que finalement, il faut qu’on cesse le feu, il faut qu’on négocie. Et deuxièmement, je crois que c’est très important de faire pression sur les pays qui continuent à faire une ingérence dans la question soudanaise…

Ceux qui arment les FSR, comme les Émirats arabes unis ? Le Tchad, l’Éthiopie, qui font passer les armes ?

Et surtout qui fournissent des armes. Naturellement, les Émirats sont un pays qui a été accusé, de ce point de vue. Il ne sera pas le seul. Mais il faut cesser ces ingérences extérieures.

Les trois régimes de l’Alliance des États du Sahel -Mali, Niger, Burkina- sont issus de coups d’État militaires, ils répriment toute forme d’opposition et ne comptent pas organiser d’élections. Aujourd’hui, quelle est la marge de manœuvre des Nations unies ? Quels objectifs vis-à-vis des pays de l’AES ?

Je crois que ce serait intéressant si ces pays pouvaient regarder la transition qui s’est passée au Gabon, qui n’est pas une chose parfaite, mais qui, en tout cas….

Où il y a eu des élections…

Où il y a eu une situation complètement différente. Si cette leçon pouvait être comprise et adoptée par les pays du Sahel… En même temps, je crois qu’il faut séparer deux aspects. Un aspect, c’est l’aspect de la légitimité politique, c’est l’aspect relatif au besoin de préserver les systèmes constitutionnels et de ne pas accepter qu’ils soient mis en question.

Une autre question, c’est le combat contre le terrorisme. Et je crois que -si je comprends parfaitement que la question politique reste, et qu’elle doit naturellement être vue d’une façon sérieuse-, je crois qu’il faudrait aussi qu’il y ait une coopération au niveau des services d’information, des services militaires, pour que la coordination du combat contre le terrorisme dans la région puisse être réelle. Il y a des problèmes de confiance entre quelques-uns des pays qui compliquent cette approche, mais séparons ce qui est une divergence politique sérieuse de ce qui est un besoin d’unir des efforts pour combattre la menace terroriste qui, à mon avis, est la plus importante dans le monde aujourd’hui.

Sur la crise du multilatéralisme dans le monde, que pensez-vous du « Conseil de paix » lancé par Donald Trump pour concurrencer l’ONU ?

Je ne crois pas que le Conseil de paix soit là pour concurrencer l’ONU. Nous ne sentons pas cette concurrence. Je crois qu’il faut distinguer deux aspects. Le premier, c’est la question de Gaza, où il y a un mandat du Conseil de sécurité, et là c’est quelque chose où il faut tout faire pour que cette décision du Conseil de sécurité soit concrétisée, que le cessez-le-feu soit effectif et que, après, on puisse avoir le départ des forces d’occupation israélienne et qu’on puisse arriver à une solution à deux États. Et ça, c’est un objectif commun à nous tous. Pour le reste, nous faisons notre travail, nous avons notre mandat et la seule entité dans le monde qui a le droit d’imposer la paix, qui a le droit d’autoriser des interventions militaires, c’est le Conseil de sécurité des Nations unies. Il n’y a rien qui puisse le remplacer.

Par :David Baché

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-grand-invit%C3%A9-international

 

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