Au Sénégal, le duo Ousmane Sonko-Diomaye Faye n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir
Newton Ahmed Barry revient ce samedi matin sur le divorce presque consommé entre Ousmane Sonko et Diomaye Faye au Sénégal. Le duo de rêve n’a pas résisté à l’épreuve de l’exercice du pouvoir. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?
Les grandes crises ont souvent de petites raisons. L’emballement actuel aurait-il eu lieu, si le 1er juillet 2025, la Cour suprême du Sénégal n’avait pas douché les espoirs de Sonko, pour la présidentielle de 2029 ? Probablement non ! Ou pas de sitôt ! Car depuis la présidentielle de mars 2024, Ousmane Sonko vit dans l’attente de reprendre à Diomaye Faye, ce qui lui revient de droit, et le plus tôt, le mieux. Car 2029, c’était déjà une éternité pour un Sonko pressé.
Or ne voilà-t-il pas que les juges de la Cour suprême lui refusent la dernière alternative qui lui restait. Par une procédure exceptionnelle, le rabat d’arrêt, il voulait faire annuler sa condamnation pour diffamation à six mois, avec sursis, celle qui l’avait disqualifié à la présidentielle de 2024.
Il n’y est pas arrivé et le pire, Diomaye Faye, ne lui a pas donné l’impression de s’en préoccuper, alors que comme garant du pouvoir judiciaire, croit-il, il pouvait contraindre les juges. À défaut, les changer. Le Sénégal a besoin d’autorité, s’exaspère Sonko. Une rodomontade de quelqu’un qui sent les choses lui échapper.
Le romantisme politique d’un duo « Sonko-Diomaye » sorti de prison pour le palais présidentiel avait pourtant fait rêver. Il y avait quelque chose de messianique dans cet événement, une sorte de récompense divine après un chemin de croix. Il y avait pour ainsi dire du Dieu là-dedans. Tout à leur béatitude, nombre de personnes oublient que les Sénégalais, depuis 2000, se sont souvent plu à sanctionner l’hubris et à élever les humbles. Abdoulaye Wade, avant Diomaye-Sonko est passé par Rebeus, la mythique prison de Dakar, avant d’investir le palais de la République. Macky Sall, menacé plusieurs fois par Abdoulaye Wade, n’y a pas eu droit, il reste à ce jour, cependant, le président qui a eu la main leste, dans l’emprisonnement de ses opposants. Au point qu’à un moment, le comité directeur du PDS, le parti d’Abdoulaye Wade en était réduit à une mise à jour quotidienne de la liste des prisonniers politiques issus de ses rangs.
La grande réhabilitation par les urnes de Sonko-Diomaye n’était donc pas inédite en soi. Mais l’âpreté du combat politique qui l’a précédé a pu créer un halo amnésique, le temps du délai de grâce politique. Puis les démons de la politique ont repris leur droit. Ils l’ont fait d’autant plus facilement que les nouveaux impétrants découvraient l’État dont ils n’imaginaient pas les infinies possibilités. Cette griserie a révélé les personnalités, plus rapidement. Pour Ousmane Sonko elle a désinhibé l’impatience de reprendre son dû, sans prendre garde, souvent, à la susceptibilité de Diomaye et quitte à heurter ce qu’on peut appeler, le trait de caractère de la personnalité du Sénégalais, qui exècre l’arrogance. À l’opposé, Diomaye est apparu humble, maître de lui-même, la parole rare.
Grosso modo, en utilisant la technique aléatoire du doigt mouillé, on peut avoir le sentiment que les Sénégalais épousent la palabre de Diomaye Faye. À l’opposé, Ousmane Sonko, le souverainiste, agglomère les fidèles du Pastef et aussi les panafricains 2.0 qui ne rêvent que d’une chose, faire basculer le Sénégal dans « la confédération de l’Indépendance » russafricaine.
Reste maintenant à gérer la séparation. Depuis 1962 et le précédent Dia-Senghor, le président est la clé de voûte des institutions au Sénégal. Diomaye Faye a les moyens de se prémunir contre Sonko, si l’idée lui venait de faire de sa majorité écrasante un moyen de blocage institutionnel. Encore faut-il que Ousmane Sonko s’assure que les députés du Pastef le suivent majoritairement. Les politiques africains, en bons opportunistes, n’aiment pas les risques.

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