Contre La sansure

Au Sénégal, une nouvelle interpellation fait polémique

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Le chroniqueur télé Badara Gadiaga a été placé en garde à vue dans un contexte politique tendu, à la suite de propos tenus à l’antenne et jugés « contraires aux bonnes mœurs ».

« Le Pastef n’a pas de leçons de morale à donner, vu que son chef a été condamné pour corruption de la jeunesse. »

C’est cette réplique, lancée par le chroniqueur Badara Gadiaga au député du Pastef Amadou Ba lors d’un débat télévisé, qui lui vaut aujourd’hui une garde à vue pour « discours contraire aux bonnes mœurs ». L’échange faisait suite à une accusation de falsification de diplôme portée contre lui.

En réponse, le chroniqueur a fait allusion à l’affaire Adji Sarr, du nom de cette jeune masseuse qui, en 2021, avait accusé l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko, alors dans l’opposition, de viols répétés.

Recul des libertés

L’extrait de l’émission a été massivement relayé sur les réseaux sociaux, provoquant un tollé. Pour de nombreux observateurs, cette interpellation est non seulement disproportionnée, mais elle s’inscrit dans un climat plus large de recul des libertés.

« Depuis l’arrivée au pouvoir du PASTEF, dans le cadre de cette troisième alternance, de nombreux Sénégalais estiment que la liberté d’expression et la liberté de la presse sont de plus en plus menacées. L’arrestation du chroniqueur Badara Gadiaga fait partie de ces dérives inquiétantes« , déclare le journaliste Alassane Samba Diop.

Sénégal Dakar 2022 | Adji Sarr de Sweet Beauty
En février 2021, Adji Sarr, employée dans un salon de massage dakarois nommé Sweet Beauty, accuse Ousmane Sonko, alors leader de l’opposition et président du parti PASTEF, de viols répétés et de menaces de mort. Image : Seyllou/AFP/Getty Images

 

L’avocat et les proches de Badara Gadiaga dénoncent eux aussi une procédure excessive. Plusieurs acteurs politiques et défenseurs des droits humains y voient une tentative d’intimidation et une atteinte manifeste à la liberté d’expression.

Une analyse partagée par l’analyste Elimane Kane : « Bien sûr que la liberté d’expression est en danger ! Certains propos ne devraient pas conduire une personne en prison. D’autant que le Premier ministre lui-même, hier encore, a tenu des propos injurieux à l’encontre de plusieurs acteurs de la démocratie sénégalaise. Il ne peut pas recourir à ce genre de langage et, dans le même temps, faire poursuivre en justice ceux qui en font autant. »

Contexte politique tendu

Cette affaire intervient dans un contexte politique particulièrement tendu, marqué par la confirmation, par la Cour suprême, de la condamnation d’Ousmane Sonko pour diffamation. Mais aussi par une sortie publique du Premier ministre qui continue de faire polémique.

« Cette sortie du Premier ministre ne devrait jamais avoir lieu en ces termes, surtout vis-à-vis du président. Toute la presse sénégalaise reconnaît qu’il existe désormais une tension au sommet de l’Etat. Ce qui est clair, c’est qu’Ousmane Sonko a rendu publiques les dissensions entre lui et le chef de l’Etat », estime encore Alassane Samba Diop.

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