AUX AUTORITÉS DE LA TRANSITION : l’HISTOIRE D’UNE PEUPLE NE SE DISSOUT POINT PAR DÉCRET.
Il est des décisions qui, sous le voile austère de l’acte administratif, révèlent en réalité une conception du pouvoir dont la portée excède de beaucoup la simple technique juridique. La récente dissolution du Rassemblement du Peuple de Guinée Arc-en-ciel (RPG), cette grande et illustre formation politique qui, pendant des décennies, a irrigué la vie publique nationale, appartient à cette catégorie d’actes qui appellent non seulement l’analyse politique, mais aussi la méditation historique.
Car il convient de rappeler, avec la gravité que commande la raison politique, qu’un parti de l’envergure du RPG Arc-en-ciel ne saurait être confondu avec ces structures éphémères que les circonstances enfantent et que le temps efface sans laisser de trace. Le RPG Arc-en-ciel est, à bien des égards, l’une des plus imposantes architectures politiques que la République de Guinée ait connues : un vaste mouvement national dont l’implantation territoriale, la discipline militante et la force d’organisation ont durablement structuré l’espace politique du pays.
Il serait donc réducteur pour ne pas dire imprudent de considérer sa dissolution comme une simple formalité administrative. Une telle décision touche, en réalité, à une mémoire politique collective, à une tradition militante façonnée par les luttes, les sacrifices et les espérances d’innombrables citoyens qui, au fil des années, ont trouvé dans cette formation l’expression de leur engagement civique.
C’est précisément dans cette perspective que le communiqué du RPG Arc-en-ciel mérite d’être examiné avec l’attention la plus scrupuleuse. Loin de céder à la véhémence ou à la clameur, ce texte se distingue par une lucidité politique remarquable.
Il déclare notamment : « Le RPG n’est pas surpris de cette dissolution. Depuis le 5 septembre 2021, le coup d’État a été perpétré contre le RPG… on est en train de tout faire pour que le RPG ne sorte pas la tête de l’eau. »
Ces mots, empreints d’une gravité certaine, traduisent la lecture qu’une grande formation politique fait de la séquence historique ouverte depuis les événements du 5 septembre 2021. Ils expriment la conviction qu’au-delà de la décision administrative, se joue une recomposition plus vaste du paysage politique national. Mais c’est surtout une autre déclaration du communiqué qui mérite d’être méditée avec toute la profondeur qu’elle implique : « Quand une idéologie est ancrée, c’est difficile de l’enlever. On peut dissoudre notre parti… mais on ne peut pas enlever dans nos têtes l’idéologie que le professeur Alpha Condé nous a inculquée. »
En ces quelques lignes se trouve énoncée une vérité que les siècles n’ont cessé de confirmer : les institutions peuvent être suspendues, les organisations peuvent être dissoutes, mais les convictions politiques qui habitent les consciences humaines ne se dissipent jamais sous l’effet d’un simple décret.
Le RPG Arc-en-ciel, fort de son histoire, de sa densité militante et de l’attachement profond que lui vouent ses partisans à travers l’ensemble du territoire national, demeure ainsi bien davantage qu’une structure juridique : il est une tradition politique, une école de pensée, une matrice militante qui a marqué de son empreinte la vie publique guinéenne.
C’est pourquoi l’appel adressé aux militants résonne avec une solennité particulière : « L’appel que je lance aux militants du parti, c’est de rester unis, de rester soudés, de rester derrière le professeur Alpha Condé et la direction nationale du parti. » Dans ces mots se manifeste la continuité d’un mouvement politique qui ne fonde pas sa force sur la seule reconnaissance administrative, mais sur la fidélité de ses militants et sur la permanence de ses convictions.
Et lorsque le communiqué conclut avec cette déclaration d’une fermeté sereine : « S’ils nourrissent l’espoir que la dissolution du parti fera partir ses militants ailleurs, ils se trompent. » il rappelle, avec une justesse incontestable, que l’appartenance politique véritable ne relève ni de la circonstance ni de l’opportunisme, mais d’un attachement profond à une histoire et à une vision. Il faut donc le dire avec la dignité que commande la vérité historique : le RPG Arc-en-ciel, cette grande et prestigieuse formation politique qui a profondément structuré la vie publique nationale et qui demeure l’une des forces les plus enracinées dans la conscience populaire, ne saurait être réduit à l’existence administrative d’un parti.
Les autorités de la transition disposent, sans doute, du pouvoir de prononcer des dissolutions. Mais elles ne disposent d’aucun pouvoir sur la mémoire politique d’un peuple, sur la fidélité militante de milliers de citoyens, ni sur la force d’une tradition politique que le temps a consacrée. Car l’histoire politique d’une nation ne se gouverne point par décret. Elle se forge dans la durée, dans la fidélité des hommes à leurs convictions, et dans la permanence des idées qui, un jour, ont su rencontrer l’âme d’un peuple.
Malick KEîTA
Politologue
