Avant-projet de Constitution : la Transition passe en mode illimité
Bonne nouvelle !
La Guinée aura bientôt une nouvelle Constitution.
Elle est moderne, taillée sur mesure, et surtout… livrée avec option “Présidence illimitée”.
Oui, vous avez bien lu. Le mandat présidentiel passe à 7 ans, comme les diplômes en médecine, mais sans la thèse.
Et la limitation des mandats ? Supprimée. Abolie. Jetée à la mer comme un gilet de sauvetage inutile.
Le tout, bien sûr, dans un avant-projet “populaire” que personne n’a demandé — sauf peut-être un certain Mamadi Doumbouya, passionné de refondation personnalisée.
Articles 46, 55, 65 : coupés net, sans anesthésie
Souvenez-vous.
– L’article 46 interdisait au CNRD de se présenter à une élection.
– L’article 55 rappelait que le président ne pouvait pas faire tout et n’importe quoi.
– L’article 65 protégeait un minimum l’indépendance des institutions.
Mais dans le nouveau menu constitutionnel, ces articles ont été remplacés par une formule plus digeste :
“Faites confiance au Chef, il sait ce qu’il fait.”
Une Constitution sur mesure pour un seul client
C’est beau, une Constitution cousue main.
Les stylistes du CNT ont sorti les ciseaux :
– 7 ans le mandat, avec ourlet invisible pour l’éternité.
– Zéro bouton de sortie.
– Et une touche finale en lettres dorées : “Constitution de refondation (de carrière politique)”
On appelle ça un “document inclusif”. Inclusif pour qui ? Réponse : Mamadi Doumbouya. Et son avenir.
Pendant qu’on vous consulte, on vous construit un piège
Ils organisent des débats, des forums, des symposiums.
On vous écoute poliment. On prend des notes. On filme les mamans et les sages.
Et pendant ce temps, dans les coulisses, la mécanique du pouvoir éternel se met en place.
Bientôt, on nous demandera de voter “Oui” — dans un grand moment démocratique, animé par l’Armée et validé par le silence.
Le parjure en version deluxe
Il l’avait juré, la main sur le cœur (ou peut-être sur le képi) :
“Je ne serai pas candidat.”
C’était beau. C’était sobre. C’était faux.
Aujourd’hui, il sort un avant-projet de Constitution qui rend sa candidature non seulement possible, mais hautement probable.
Un chef qui écrit les règles du jeu pendant qu’il s’échauffe sur le banc : voilà une “transition” digne des meilleures parodies.
Bref, la démocratie façon CNRD, c’est “à volonté”
Les Guinéens réclamaient une justice indépendante, une éducation gratuite, des routes, du courant.
Ils auront une Constitution pour permettre au président de rester… très longtemps.
C’est comme aller au médecin pour soigner une migraine, et ressortir avec un contrat d’abonnement à vie chez le barbier du palais.
Le Peuple qui n’a pas demandé tout ça.
Ou si vous préférez : Le Chroniqueur de l’Absurdistan Constitutionnel.
