Axe Hamdallaye-Bambeto-Cosa : Un jeune touché par balle lors d’une manifestation
L’axe Hamdallaye-Bambéto-Cosa, situé sur la route Le Prince, dans la commune de Ratoma, est le théâtre d’une paralysie totale, ce 16 février 2023, suite à l’appel de manifestations du FNDC qui exige le respect des engagements de la junte et le retour à l’ordre Constitutionnel.
Dès le début de la journée, les activités économiques et la circulation ont été fortement perturbées, laissant place à des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, a constaté sur place votre quotidien électronique à travers un de ses reporters.
Alors que la situation était tendue dans la matinée dans plusieurs quartiers de la banlieue de Conakry, notamment à Cosa, Bomboli, Koloma, Bambéto et Hamdallaye, le bilan est lourd.
Dans une déclaration finale transmise à notre rédaction, le Front National pour la Défense de la Constitution, à l’origine de la manifestation, dresse un bilan de 3 morts, 50 personnes blessées par balles et une quarantaine d’arrestations.
Parmi les blessés, figure Aboubacar Azim Barry, qui a été touché par balle au niveau de la cuisse et qui se trouve actuellement sous des soins intensifs dans une clinique de la place.
Selon nos informations, ce jeune activiste politique n’est autre que le Secrétaire aux affaires culturelles et sportives de la Section 4 de l’UFDG de Hamdallaye, la principale formation politique de l’opposition dirigée par Cellou Dalein Diallo.

Un de ses proches a accepté de témoigner : « On était ensemble lorsque des gendarmes ont débarqué à Hamdallaye pour rechercher des jeunes dans les quartiers et tiraient des balles réelles. Mon neveu qui a tenté de fuir a été atteint par balle et il est tombé. Nous on a fuis, pensant qu’il était mort, les gendarmes l’ont laissé couché pour poursuivre les autres. Azim qui a été touché par balle au niveau de la cuisse a eu la vie sauve grâce à l’intervention des agents de la croix rouge qui l’ont enlevé des lieux avant qu’il ne soit conduit dans un lieu sûr. Personnellement je me suis caché pour éviter le pire mais je craignais beaucoup pour mon neveu, c’est après qu’on m’a dit qu’il avait été évacué », explique Mamadou Cire Barry qui a toujours peur des représailles.
Malgré le nombre de victimes, des hommes armés ont menée une opération de « chasse à l’homme » tard dans la soirée, particulièrement à Hamdallaye, où plusieurs jeunes ont été injustement arrêtés.
Interrogé par nos soins sur ces tueries répétitives sur la route ‘’Le Prince’’, fief de l’opposition, le chargé de communication du ministère de la Sécurité assure : « Le maintien de l’ordre en République de Guinée ne se fait pas avec des armes à feu. Que ce soit les policiers ou les gendarmes, personne ne vient sur le terrain avec de telles armes. » Il tente une explication. Lors des manifestations, « il y a des bandits qui peuvent en profiter pour bloquer et déposséder les habitants de leurs biens. S’ils tombent sur un élément d’un corps habillé qui veut rentrer chez lui, il peut arriver que ce dernier fasse usage de son arme, mais ça ne fait pas partie du maintien de l’ordre. ».
Selon cet officier de la police, depuis juin, les 30 km de la route Le Prince, de Hamdallaye à Kagbelen, ont été placés sous étroite surveillance. « Nous avons besoin de sécuriser Conakry », justifie le colonel Mory Kaba. Ce n’est pas l’Axe en particulier qui est concerné, selon le porte-parole de la police. En banlieue sud de Conakry, « de Coléah jusqu’au Kilomètre 36, vous trouvez des positions où stationnent des véhicules de l’armée. Cela fait partie d’un plan de sécurisation de la ville de Conakry que nous avons mis en place. Mais certaines personnes aiment se victimiser », tacle ce responsable de la police.
Face à l’ampleur de ces tueries, le FNDC, qui compte poursuivre les manifestations pour le retour à l’ordre constitutionnel, exige l’ouverture d’une enquête indépendante sous l’égide des Nations Unies pour traquer les commanditaires, les co-auteurs et les auteurs des massacres afin qu’ils répondent de leurs actes abominables.
Dans une déclaration, la Coordination des Foulbhés et Halipoular constate avec douleur et interrogation que toutes ces victimes sont issues d’une seule communauté, celle des Foulbhés et Halipoular.
Ce que les ressortissants de cette communauté déplorent le plus, c’est que ces crimes récurrents ne font l’objet d’aucune enquête visant à identifier et à traduire devant les tribunaux leurs auteurs et commanditaires.
Si ces crimes ciblant les enfants d’une même communauté persistent et continuent d’être impunis, ils risquent d’affecter durablement la paix, l’unité nationale et la cohésion sociale dans notre pays.
C’est pourquoi la Coordination des Foulbhés et Halipoular demande aux autorités de notre Pays et notamment au Colonel Mamadi Doumbouya, de prendre toutes les dispositions pour mettre un terme à ces crimes ciblés et, pour ceux déjà commis, de diligenter des enquêtes sérieuses pour identifier les auteurs et commanditaires et les traduire en justice.
Ceci permettrait en outre d’éviter que les victimes ne tentent de se rendre justice mais également de restaurer l’autorité et la légitimité de l’État ainsi que la confiance entre toutes les composantes de notre société.
C’est le seul moyen de rassurer les différentes composantes ethniques et politiques sur la neutralité et l’impartialité de l’État ainsi que de son appareil judiciaire et de ses forces de défense et de sécurité.
En attendant la suite des événements, les corps des victimes se trouvent à la morgue de l’hôpital Ignace Deen, alors que les blessés reçoivent des soins dans les différentes structures de santé de la capitale.
Pour l’instant, le gouvernement n’a pas communiqué autour de cette répression sanglante des opposants à la junte militaire qui avait renversé le régime du Président Alpha Condé, le 05 septembre 2021.
Idrissa Camara
