Contre La sansure

Bah Oury : le tango du reniement ou la chorégraphie de l’incohérence

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En politique, changer d’avis peut être un signe d’adaptation. Mais quand les volte-face se succèdent en moins de trois mois, il ne s’agit plus d’adaptation : c’est une stratégie de confusion.

Depuis sa nomination à la Primature, Bah Oury offre au pays une leçon grandeur nature de ce que peut produire une parole publique instable.

Acte I – 12 mai 2025 : la date officielle depuis Abidjan

Invité au Africa CEO Forum à Abidjan, le Premier ministre annonce un calendrier clair :

« 21 septembre 2025, le référendum constitutionnel sera organisé. Décembre 2025, à la fois l’élection présidentielle et l’élection législative. »

Pour la première fois, la date de la présidentielle est annoncée publiquement : décembre 2025.

Acte II – 8 août 2025 : le verrouillage du fichier électoral

Trois mois plus tard, sur Allureinfo, changement de ton. Bah Oury annonce qu’aucun nouvel électeur ne pourra être inscrit entre le référendum et la présidentielle :

« Il faut être clair, le fichier électoral est celui qui servira pour le retour à l’ordre constitutionnel. Donc non, il n’y aura pas de nouveaux inscrits d’ici là. »
Et il insiste :
« Ce serait extrêmement compliqué d’y ajouter de nouveaux électeurs entre le référendum et la présidentielle. »

Une déclaration qui fige le corps électoral et exclut d’office de nouveaux majeurs ou d’éventuels électeurs de la diaspora.

Acte III – Après le 8 août 2025 : l’élastique verbal sur RFI

Interrogé sur la possibilité d’une présidentielle avant fin 2025, Bah Oury répond :

« Inchallah. »
Puis :
« On respectera les procédures réglementaires et législatives pour la fixation de n’importe quelle date après le référendum. »

Oubliée, l’annonce formelle de décembre. On revient à un discours vague, suspendu à de futures “procédures”.

La fuite face aux questions qui dérangent

Lors de cette même interview, la question de la disparition de Foniké Menguè, Mamadou Billo Bah et Habib Marouane Camara refait surface. Depuis plus d’un an, aucune nouvelle officielle. La réponse du Premier ministre tient en une phrase :

« Je souhaite ardemment que Billo et Foniké soient en vie. »

Rien sur Habib Marouane Camara. Pas d’informations, pas d’explications, pas d’engagement. Une esquive qui en dit long sur les priorités réelles du pouvoir.

Bilan : une parole qui se dévalue

Le 12 mai, Bah Oury annonçait la présidentielle pour décembre. Le 8 août, il verrouillait le fichier électoral. Après le 8 août, il redevenait évasif sur la date. Trois discours, trois lignes, aucune cohérence.

La parole publique est censée rassurer, clarifier, guider. Ici, elle désoriente, exclut et détourne. Ce n’est pas un calendrier électoral que le Premier ministre dessine : c’est un labyrinthe politique, pensé pour fatiguer l’opinion et user la vigilance citoyenne.

Un État qui change de version comme on change de costume ne prépare pas une élection : il prépare un piège. Et les peuples, eux, ont toujours fini par apprendre à le déjouer.

C’est clair et GNETT.

Alpha Issagha Diallo


Écrivain, témoin du réel
Résident à l’adresse exacte où loge la vérité

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