Contre La sansure

Candidature de Doumbouya: Quand l’histoire se répète !

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Ce sera la boussole, à la fois, des soutiens et des adversaires d’une candidature du Général Mamadi Doumbouya à la prochaine élection présidentielle, car si les uns envisagent de faire un passage en force, les autres entendent faire barrage. Le risque est partagé et l’espoir d’avoir chacun le dernier mot, aussi. Même si les voies du seigneur restent insondables.

Le bras de fer qui s’annonce sur l’échiquier national ressemble à une répétition de l’histoire. Ce n’est pas la première fois que des voix s’élèvent pour appeler un président de transition militaire à se maintenir au pouvoir par les élections, celles qu’il promet d’organiser pour céder le pouvoir à un chef d’Etat élu, de préférence, civil. Ce n’est pas du tout nouveau que des citoyens se constituent, opportunément, en mouvements de soutien pour inciter un chef d’Etat en fonction à rester aux commandes du pays aussi longtemps que possible, si non à vie.

Bref, il n’y a rien d’inédit dans la situation que la Guinée traverse aujourd’hui. Au contraire, il y a un air de déjà entendu et vu. En même temps le contexte est radicalement différent. Par exemple, Dadis Camara en était resté au stade des intentions et l’on n’était pas allé au-delà des clameurs populaires. Il ne s’était engagé à rien et ne s’était pas déclaré formellement candidat à quoi que ce soit. Mais, comme l’intention vaudrait l’action, il a été pris au mot et s’est retrouvé au cœur d’un soulèvement populaire suivie d’une tragédie humaine, sans précédent. Il vient d’être jugé avec ses compagnons pour “crimes contre l’humanité” , des années après les événements douloureux du 28 septembre 2009 qui ont emporté de nombreuses vies innocentes et constituent un traumatisme important pour le pays qui en porte encore les séquelles.

Toute la faute lui est revenue alors qu’il n’est coupable, tout au plus, que d’avoir succombé à l’interdit et à la démagogie d’une armée de courtisans et de flagorneurs qui, pour la plupart, se sont débrouillés à cornaquer la nouvelle transition, éternels pêcheurs en eaux troubles. Peut-être, Dieu a-t-il voulu qu’ils soient là encore, les mauvais génies, afin de venger Dadis de leurs mauvaises actions, passées sous silence, restées impunies. Cette fois, ils ne sont plus derrière les rideaux mais au devant de la scène, au vu et au su de tout le monde. Quelle chance !

Le malheur n’arriverait-il qu’aux autres ? En tout cas, l’attitude de beaucoup de Guinéens, en ce moment, laissent croire que ce qui est arrivé au Capitaine Moussa Dadis Camara ne peut avoir d’effets de dissuasion sur eux encore moins les contraindre à la mesure. A chacun son destin, semblent-ils se dire. Certains s’en sortent toujours mieux que d’autres, bien que confrontés à la même situation, se convainquent-ils. Alors, on suscite et encourage une nouvelle candidature d’un homme, venu pour faire une transition et appelé à passer le témoin, pour assurer une certaine continuité, veut-on faire croire, surtout, pour continuer à rester aux affaires, l’après-pouvoir, étant très redouté.

Ainsi un processus apaisé qui avait l’adhésion quasiment de tous les acteurs et d’une frange significative de la population divise maintenant et alimente de vives tensions: les uns veulent continuer à y croire, les autres sont déterminés à y mettre fin, pour disent-ils revenir à l’ordre normal des choses. Le consensus rompu, on s’installe dans une logique de confrontation ouverte et violente. Il sera difficile de renouer le fil du dialogue et de rétablir la confiance parce qu’il n’est plus question de transition, il s’agit désormais d’une bataille rangée pour la conservation et la conquête du pouvoir.

La détermination affichée par un camp se heurtera à la résistance farouche de l’autre qui ne sera pas à sa première épreuve de force avec un régime qui soit, essaie de jouer la montre, ou refuse l’alternance. Pour ainsi dire, la société n’a jamais réussi dans son projet de transmission pacifique et volontaire du pouvoir mais n’a jamais échoué non plus dans sa lutte contre les dictatures sous toutes les coutures et toute velléité confiscatoire du pouvoir de qui que ce soit. Voilà où ” s’inspirer du passé pour construire l’avenir “, peut avoir aussi un sens, face à la tentation dangereuse de répéter les erreurs fatales du passé, de se laisser guider par des intérêts autres que les siens, propres.

Le Guinéen cherche à gagner avec chaque chef qui arrive mais n’est pas prêt à prendre le moindre risque lorsqu’il sent la cause perdue. A méditer…

Bon dimanche, à tous, dans le discernement et la lucidité.

L’édito lerevelateur224.com

https://www.lerevelateur224.com/2024/10/20/candidature-de-doumbouya-quand-lhistoire-se-repete-ledito/

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