Contre La sansure

Candidature du général Mamadi Doumbouya : Se tromper de combat, un danger pour la démocratie

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Depuis le 5 septembre 2021, la Guinée est plongée dans une transition politique après le renversement du régime d’Alpha Condé. À l’époque, le colonel Mamadi Doumbouya, désormais général et président de la transition, avait solennellement promis que ni lui, ni son gouvernement, ni les membres du Conseil National de la Transition (CNT) ne seraient candidats aux futures élections. Pourtant, un nouveau débat s’est récemment imposé dans l’espace public : la possibilité de sa candidature en 2025.

À l’approche des échéances électorales, certaines voix s’élèvent pour dénoncer une éventuelle manœuvre du pouvoir en place visant à prolonger son règne. Des indices, réels ou supposés, alimentent ces craintes, notamment la communication autour des réalisations du gouvernement et le discours de certains acteurs proches du régime. Mais au-delà des polémiques, une question essentielle mérite d’être posée : ce débat est-il posé de manière intelligente et constructive ?

Un débat biaisé et prématuré

L’un des problèmes majeurs du débat actuel réside dans sa nature même. Il repose davantage sur des spéculations que sur des faits concrets. Jusqu’à présent, le général Mamadi Doumbouya n’a pas déclaré son intention de briguer la présidence. Or, en République de Guinée, aucun texte juridique ne sanctionne un délit d’intention. Juger un individu sur des suppositions revient à biaiser la réflexion et à détourner l’opinion publique des véritables enjeux.

Si un jour Mamadi Doumbouya venait à annoncer sa candidature, la seule question qui devrait se poser serait celle de la légalité et de la transparence du processus électoral. En tant que citoyen guinéen, s’il respecte les lois et les institutions en place, personne ne pourra lui interdire de concourir. La démocratie, après tout, repose sur des règles et des principes universels : c’est aux urnes que se joue la légitimité d’un candidat, et non dans le tumulte des conjectures.

N’oublions pas que si le citoyen Mamadi Doumbouya a la capacité de remporter une élection en tant que candidat, il lui est d’autant plus aisé de faire triompher un autre candidat de son choix s’il décide de ne pas se présenter lui-même.

Une Gouvernance Minée par l’Héritage Colonial et les Dynamiques Internes

Les États africains ont hérité de structures administratives conçues pour servir les intérêts des colons plutôt que ceux des populations locales. À l’indépendance, la plupart des nouveaux dirigeants ont conservé ces systèmes bureaucratiques, souvent inefficaces et autoritaires. Le modèle d’État-nation importé d’Europe a été imposé à des sociétés historiquement organisées autour de structures communautaires et ethniques, provoquant des conflits identitaires et des rivalités politiques.

Au fil des décennies, des régimes autocratiques se sont installés, favorisés par des constitutions sur mesure permettant à des dirigeants de s’accrocher au pouvoir. Les institutions démocratiques, pourtant essentielles pour un développement durable, ont été affaiblies par la corruption, le clientélisme et la centralisation excessive du pouvoir. Les transitions politiques, lorsqu’elles ne sont pas marquées par des coups d’État, se font souvent au prix de manipulations électorales et de répressions brutales.

Dans ce contexte, il est essentiel de poser une question cruciale : la légitimité d’un gouvernement peut-elle se limiter à des processus électoraux souvent biaisés ?

Les limites d’une démocratie électorale importée

La démocratie électorale, telle qu’importée en Afrique depuis plus de trois décennies, a montré ses limites. En Guinée, comme dans de nombreux pays du continent, les scrutins sont régulièrement entachés d’irrégularités, de fraudes, et de violences, rendant toute alternance démocratique difficile. Ces processus coûteux, mobilisant des centaines de millions de dollars, ne servent souvent qu’à valider des résultats préétablis. Dans ces conditions, pourquoi continuer à investir dans un système qui ne garantit ni la stabilité ni le respect de la volonté populaire ?

Derrière ces élections, il y a aussi le poids des pressions extérieures. Trop souvent, les processus électoraux en Afrique sont perçus comme un moyen de légitimer les régimes auprès de la communauté internationale. Cette dernière, principalement motivée par la défense de ses propres intérêts stratégiques et économiques, accorde peu d’attention aux réalités et aux aspirations des populations locales.

L’urgence d’un retour à l’ordre constitutionnel

Plutôt que de se perdre dans des polémiques stériles, les forces politiques et la société civile guinéennes devraient concentrer leurs efforts sur l’essentiel : exiger du président de la transition qu’il tienne ses engagements. Dans son discours de Nouvel An, il a réitéré que 2025 serait une année électorale. C’est sur cet objectif que toute l’attention nationale devrait se focaliser.

Malheureusement, les principaux acteurs politiques ont, ces trois dernières années, manqué de pragmatisme en multipliant des revendications parfois irréalistes, retardant ainsi un dialogue sincère avec les autorités de la transition. Ce manque de stratégie a conduit à une radicalisation des positions, l’exil forcé de plusieurs leaders et un climat de méfiance généralisée. Résultat : aujourd’hui, la fracture entre le CNRD et les partis politiques traditionnels semble presque irréparable, compliquant davantage le retour à l’ordre constitutionnel.

Une leçon de l’histoire : la force des institutions et du peuple

L’histoire contemporaine regorge d’exemples qui démontrent que le véritable pouvoir d’un État ne repose pas sur un homme, mais sur la solidité de ses institutions et la résilience de son peuple.

Aux États-Unis, Donald Trump a tenté de contester sa défaite en 2020, mais il s’est heurté à la force des institutions et à la détermination du peuple américain. Quatre ans plus tard, il est revenu dans la course électorale, mais cette fois-ci dans le respect des règles démocratiques.

Des membres du CNRD et du gouvernement organisent des marches à travers le pays pour promouvoir la candidature du Général Mamadi Doumbouya.

 

Au Sénégal, Macky Sall, malgré un bilan largement positif et un réseau politique solide, n’a pas pu s’accrocher au pouvoir face à la pression des institutions et du peuple sénégalais. Son expérience prouve qu’aucun dirigeant, aussi puissant soit-il, ne peut indéfiniment imposer sa volonté à une nation structurée.

En Guinée, l’issue de cette transition ne dépendra ni de la volonté d’un seul homme ni des stratégies des partis politiques, mais de la capacité collective à mettre en place un cadre institutionnel crédible et fonctionnel. Une élection n’est jamais gagnée d’avance : c’est le peuple souverain qui aura toujours le dernier mot.

L’heure est à la responsabilité collective

Les erreurs du passé ne doivent pas se répéter. Il est temps pour les acteurs politiques, la société civile et chaque citoyen guinéen de dépasser les querelles partisanes et de se concentrer sur l’essentiel : créer les conditions d’une élection libre, transparente et inclusive.

Les véritables batailles à mener aujourd’hui sont celles du renforcement des institutions, de la garantie de la neutralité des organes électoraux, de la sécurisation du processus électoral et de la sensibilisation des citoyens sur leur rôle fondamental dans la consolidation démocratique.

Perdre du temps à spéculer sur une candidature hypothétique, c’est faire le jeu de la diversion et s’éloigner du combat pour une Guinée stable et démocratique. L’heure est venue d’agir avec intelligence, responsabilité et vision.

L’heure n’est plus à la résignation, mais à l’audace. Il revient aux dirigeants, aux intellectuels, et à chaque citoyen de tracer ensemble le chemin d’une Guinée enfin stable, juste et prospère.

A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.

Elhadj Aziz Bah

Caroline Du Nord, USA

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.

À propos de l’auteur

Elhadj Aziz Bah est un leader visionnaire, consultant principal en gestion et auteur du livre influent 8 Clés pour la Croissance Personnelle et l’Épanouissement, disponible sur Amazon et dans d’autres librairies. Fort de plus de 20 ans d’expérience en conseil stratégique auprès d’entreprises du Fortune 500, d’agences gouvernementales et d’ONG, il est reconnu pour son expertise en transformation organisationnelle et son engagement à créer un impact durable.

Titulaire d’un Executive MBA de la prestigieuse MIT Sloan School of Management et d’un Master en Technologies de l’Information, il incarne l’excellence, l’innovation et la recherche de solutions durables.

À travers cet article, il met en lumière les enjeux réels de la transition en Guinée et appelle à une approche plus stratégique et responsable du débat public. Son analyse rigoureuse et son pragmatisme doivent inspirer les acteurs politiques et les décideurs à privilégier l’intérêt supérieur de la nation plutôt que des querelles stériles.

 

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