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Causes, signes, séquelles et prévention des AVC : les précieux conseils du Dr Noumsi Steve Huram

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Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) constituent aujourd’hui une véritable préoccupation de santé publique en Guinée. De plus en plus fréquente, cette pathologie grave est à l’origine d’importantes incapacités physiques et d’un nombre élevé de décès. Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com, le cardiologue Dr Noumsi Steve Huram, en service au CHU Ignace Deen, a expliqué en détail les causes, les signes, les facteurs de risque ainsi que les conséquences de cette maladie qui touche de nombreuses familles.

Selon le spécialiste, l’AVC correspond à un déficit neurologique brutal d’origine vasculaire pouvant durer plus de 24 heures ou entraîner la mort. « L’AVC fait beaucoup de ravages dans la population guinéenne. Et c’est un sujet d’intérêt majeur. Vous faites bien d’en parler, parce qu’il est rare qu’on donne la parole aux sujets importants dans notre société. L’AVC est un déficit neurologique focal ou global, d’apparition brutale, d’origine vasculaire, qui va persister durant plus de 24 heures et/ou conduire au décès. Donc, cette définition est assez classique. De nos jours, avec l’apparition de nouvelles méthodes de diagnostic, telles que les scanners et les IRM, on s’accorde à dire que l’AVC est une lésion cérébrale d’origine vasculaire, ischémique ou hémorragique, objectivée par l’hémorragie et responsable de signes neurologiques cliniques indépendamment de leur durée. Donc, vous avez compris qu’il y a l’atteinte vasculaire qui est importante. Et il faut que cette atteinte soit supérieure à 24 heures. En général, aujourd’hui, il faut aller faire un scanner pour être certain qu’il s’agit d’un AVC ischémique ou hémorragique, le type étant déjà défini par cette méthode de diagnostic », a expliqué le Dr Noumsi Steve Huram.

Le médecin souligne que cette pathologie est la deuxième complication de l’hypertension artérielle, ce qui la rend particulièrement fréquente. Elle constitue également la première cause de consultation dans les services de neurologie et la deuxième aux urgences.

Par ailleurs, le Dr Noumsi Steve Huram insiste sur l’importance de reconnaître les signes précoces de l’AVC afin d’éviter des séquelles irréversibles. Selon lui, les symptômes apparaissent généralement de façon brutale et peuvent concerner différentes fonctions du cerveau. Parmi les principaux signes, il cite : la déviation de la bouche ; la faiblesse d’un côté du corps ; les troubles de la parole ou du langage ; la difficulté à comprendre ; la perte de vision ; les vertiges et troubles de l’équilibre ; la confusion ou la somnolence ; les troubles de la mémoire ; les chutes inexpliquées. « Une faiblesse d’un bras, une difficulté à parler ou une déviation de la bouche doivent immédiatement faire suspecter un AVC. Il faut consulter sans délai », avertit le médecin.

En ce qui concerne les causes, le spécialiste précise que la majorité des AVC, soit environ 80 à 85 %, sont d’origine ischémique. Ils sont provoqués par l’obstruction d’une artère cérébrale par un caillot sanguin, ce qui empêche l’irrigation d’une partie du cerveau. Le reste correspond aux AVC hémorragiques, liés à la rupture d’un vaisseau sanguin, souvent provoquée par une poussée d’hypertension artérielle. Dans ce cas, le saignement exerce une compression sur les structures cérébrales et entraîne des déficits neurologiques, enseigne-t-il.

En outre, les facteurs de risque sont multiples, fait remarquer le Dr Noumsi Steve Huram, qui explique que plusieurs maladies favorisent la survenue des AVC. Parmi les plus importantes figurent : l’hypertension artérielle ; le diabète ; l’hypercholestérolémie ; l’obésité ; les maladies cardiaques ; la sédentarité ; le stress chronique. Il attire également l’attention sur les dépôts de graisse dans les vaisseaux sanguins qui peuvent provoquer leur obstruction et entraîner un infarctus cérébral. Le cardiologue met particulièrement en garde contre l’automédication, très répandue dans la population. Il explique que certains médicaments pris sans contrôle médical peuvent augmenter le risque d’AVC. « La prise prolongée d’anti-inflammatoires comme l’ibuprofène, l’aspirine ou le diclofénac peut altérer la fonction rénale et entraîner une élévation de la tension artérielle », a-t-il expliqué.

Il souligne également que l’utilisation abusive des corticoïdes, parfois employés pour prendre du poids ou éclaircir la peau, expose à plusieurs complications : hypertension artérielle ; diabète ; hypercholestérolémie ; obésité ; risque cardiovasculaire élevé.

Parlant des séquelles des AVC, le médecin affirme qu’elles sont souvent lourdes et invalidantes. Les conséquences de l’AVC sont particulièrement graves. Le médecin rappelle que cette pathologie peut entraîner une perte d’autonomie et une dépendance totale du patient. « L’AVC touche la fonction relationnelle de l’être humain. Lorsqu’on ne peut plus bouger ou s’exprimer, on devient dépendant des autres. Les séquelles les plus fréquentes sont : la paralysie d’un côté du corps ; les troubles du langage ; les difficultés à marcher ; les troubles cognitifs ; l’incontinence ; la dépression ; la perte d’autonomie… »

Le spécialiste évoque également une forte morbidité, c’est-à-dire une dégradation importante de la qualité de vie, ainsi qu’une mortalité élevée. Il précise que l’espérance de vie des survivants peut être réduite selon la gravité de l’atteinte. « Quand on a un AVC, on a des troubles du langage, des troubles de la mobilité, parfois même des troubles de la défécation, et une mauvaise qualité de vie. C’est ce qu’on appelle la morbidité. Mais il y a également la mortalité qui s’ensuit, c’est-à-dire que si l’AVC est sévère, la personne peut en décéder. Dans ce cas, on dit qu’il y a une mortalité. Effectivement, la morbidité et la mortalité sont importantes avec l’AVC. D’où les patients qui survivent à un AVC vont avoir une mauvaise qualité de vie et une espérance de vie plutôt courte. Par contre, on ne peut pas prédire la durée de vie restante d’une personne, car la survie dépend d’abord de l’individu lui-même, mais aussi des autres maladies dont il souffre. C’est pour cela qu’un bon traitement doit arrêter l’évolution négative de la maladie pour permettre à la personne d’avoir une bonne qualité de vie et une espérance de vie aussi longue que possible. »

Même si le médecin n’a pas fourni de statistiques précises sur cette pathologie, il a souligné que l’AVC est la deuxième complication de l’hypertension artérielle, ce qui en fait une maladie extrêmement fréquente. Elle constitue d’ailleurs la première cause de consultation au sein du service de neurologie de l’hôpital Ignace Deen. « Vous savez, en Guinée, comme dans la plupart des pays africains, l’âge moyen des AVC est de 61 ans. Il y a une forte proportion de facteurs métaboliques, c’est-à-dire l’hypertension, le diabète, l’hypercholestérolémie, avec 54,4 % de symptômes métaboliques. On pense que 30 % des patients qui viennent à l’hôpital, quelle que soit la raison, souffrent d’hypertension artérielle, et l’AVC est la deuxième complication de l’hypertension, donc c’est une maladie hautement fréquente. Elle constitue la première cause de consultation au service de neurologie et la deuxième cause de consultation au service des urgences. Donc, c’est vraiment extrêmement fréquent », a-t-il expliqué.

Pour le Dr Noumsi Steve Huram, la prévention des AVC doit être une priorité absolue. Pour réduire le risque, le spécialiste appelle la population à adopter des habitudes de vie saines. Il recommande : la pratique régulière d’activité physique (20 à 30 minutes, trois fois par semaine) ; la consommation de fruits et légumes ; la réduction du sel et du sucre ; la limitation des graisses ; une bonne hydratation ; la diminution de l’alcool ; l’arrêt du tabac ; la gestion du stress ; le respect des traitements médicaux.

« Trois séances de sport par semaine et une alimentation équilibrée peuvent réduire considérablement le risque cardiovasculaire », a-t-il insisté.

Pour le médecin, l’AVC est un lourd fardeau pour les familles et le système de santé. Il souligne que l’AVC représente un coût humain et financier important. La personne atteinte est souvent le pilier de la famille et son incapacité entraîne des dépenses élevées pour les soins et la rééducation. Il appelle donc à une prise de conscience collective afin de privilégier la prévention. « La santé est essentielle. Sans elle, il est difficile d’avoir une bonne qualité de vie », a-t-il conclu.

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