CELLOU DALEIN DIALLO, L’UNIQUE ENJEU ÉLECTORAL EN GUINÉE
Il aura donc fallu une élection sans élection, un scrutin sans suffrage et des candidats sans campagne pour que la vérité éclate enfin au grand jour : en Guinée, il n’y a qu’un seul enjeu politique, un seul nom, une seule obsession : Cellou Dalein Diallo.
Absent physiquement, oui. Mais omniprésent politiquement, totalement. Plus présent que tous les candidats officiellement déclarés réunis.
À peine les rideaux de la mascarade électorale retombés que CDD s’impose, naturellement, au centre du débat post-électoral. Comme une évidence gênante. Comme une ombre impossible à dissiper. Comme un nom que l’on n’arrive jamais à bannir des conversations, des plateaux, des calculs et des peurs.
On ne parle plus de programmes, plus de scores. On ne parle même plus de fraude. On parle de Cellou Dalein Diallo.
Et c’est là que le spectacle devient tragiquement comique. Au lieu de dénoncer la farce électorale dont ils ont été les figurants consentants, certains candidats préfèrent se chercher un alibi plus prestigieux que leur propre naufrage. Ainsi voit-on Abdoulaye Kourouma expliquer sa mésaventure électorale par… des consignes de vote fantômes, supposément données, ou non, par CDD.
Autrement dit : je n’ai pas perdu parce que l’élection était verrouillée, mais parce que CDD, quelque part, peut-être, aurait soufflé quelque chose à quelqu’un. Voilà où en est le niveau.
Mais la révélation la plus cruelle est ailleurs. Abdoulaye Kourouma avoue lui-même ne pas avoir accès à CDD. Cette confession vaut plus que tous les résultats officiels. Car elle dit une chose simple, brutale, irréfutable : ils ne jouent pas dans la même division.
L’un court après une reconnaissance administrative. L’autre incarne une légitimité populaire durable.
Il fut un temps, certes, où Abdoulaye Kourouma gravitait dans un cercle restreint du leadership de l’opposition conduite par CDD. Mais l’histoire politique est impitoyable : certains passent, d’autres marquent une époque. Certains négocient des strapontins, d’autres deviennent des repères.

Pendant que le peuple tire le diable par la queue, Mamadi Doumbouya ne dort pas tranquille. Non pas à cause de l’économie en ruine ou à cause de la colère sociale. Mais parce qu’un nom le hante. Cellou Dalein Diallo.
Une hantise silencieuse, constante, obsédante. CDD est l’absent qui empêche de régner, l’exilé qui empêche de dormir, la référence qui ridiculise les simulacres de légitimité.
Ils ont confisqué les urnes, verrouillé le jeu, éliminé les adversaires visibles mais ils n’ont jamais réussi à éliminer l’enjeu.
Et tant que Cellou Dalein Diallo restera le point de comparaison, le miroir, la mesure et la peur, aucune bande, aucun uniforme, aucun décret ne pourra transformer une prise de pouvoir en pouvoir légitime.
La chute ne viendra pas d’un slogan. Elle viendra de cette obsession non résolue. De cette hantise permanente. De ce nom qu’ils prononcent malgré eux : Cellou Dalein Diallo.
Alpha Issagha Diallo
Chroniqueur de la hantise politique
Spécialiste des élections sans électeurs et des peurs sans remède
