Contre La sansure

Ces « crieurs » qui épuisent Conakry

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Il est des bruits qui ne font pas que percer les tympans ; ils usent l’âme et freinent le progrès.

À Conakry, une nouvelle forme de pollution, aussi sonore que comportementale, s’est installée au cœur de notre capitale et de nos quartiers. On les appelle, par habitude ou par dépit, les « crieurs publics ». Mais loin de l’image ancestrale du messager respecté, cette jeunesse se livre aujourd’hui à des pratiques dont la pertinence semble s’être évaporée avec le siècle dernier.

Une obsolescence bruyante

Le constat est amer : je suis éreinté. Éreinté par cette cacophonie organisée, par ces habitudes obscures qui semblent sorties d’un autre âge. À l’heure de la fibre optique et de l’instantanéité numérique, voir une partie de notre jeunesse s’investir avec une telle ferveur dans l’inutile est un spectacle désolant.

Ces comportements, que l’on pourrait qualifier d’obsolètes, ne sont plus en phase avec l’aspiration d’une capitale qui se veut moderne. Entre harangues agressives et occupation anarchique de l’espace public, ces « crieurs » ne transmettent plus l’information : ils imposent un malaise.

Le poids de l’informel et l’absence de perspectives.

Pourquoi cette persistance dans l’obscur ? Il y a derrière ces cris une réalité sociale plus profonde.

Le manque de structures : Faute de canaux de communication formels dans certains secteurs, le cri devient l’outil par défaut.

L’oisiveté déguisée : Pour beaucoup de ces jeunes, crier sur la place publique est le dernier rempart contre l’inactivité, un simulacre de métier qui ne génère que de la fatigue sociale.

Cette tradition dévoyée est devenue une entrave. Elle pollue le climat serein dont Conakry a besoin pour ses échanges économiques et son vivre-ensemble.

Pour une rupture avec les archaïsmes

On ne bâtit pas une nation sur des habitudes qui tournent le dos à la discipline et à la courtoisie urbaine. Il est temps de dire que cette “méthode” est dépassée.

L’énergie déployée par ces jeunes est réelle, mais elle est mal canalisée, gaspillée dans des pratiques qui n’apportent aucune valeur ajoutée à la cité.

Être éreinté par ces comportements, ce n’est pas faire preuve de mépris, c’est exprimer une exigence : celle de voir notre jeunesse s’émanciper des codes d’hier pour embrasser les compétences de demain.

Mohamed Koket camara

Journaliste passionné, homme éclairé

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