Ces personnalités décédées en détention ces cinq dernières années en Guinée
La mort en détention de l’ex‑aide de camp de Moussa Dadis Camara, Aboubacar Sidiki « Toumba » Diakité, survenue le 25 mars 2026, a ravivé une question sensible en Guinée : celle des morts en prison depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Mamadi Doumbouya en septembre 2021.
En moins de cinq ans, plusieurs personnalités militaires et politiques de premier plan ont perdu la vie derrière les barreaux.
Ces décès survenus dans des conditions médicales ou judiciaires controversées, posent de sérieuses questions sur les conditions de détention, l’accès aux soins, la transparence pénitentiaire et l’indépendance judiciaire.
Les cas les plus emblématiques concernent quatre figures centrales associées au dossier du massacre du 28 septembre 2009, à savoir : Aboubacar Sidiki « Toumba » Diakité, le colonel Claude « Coplan » Pivi, le colonel Célestin Bilivogui, et le général Sadiba Koulibaly.
BBC Afrique revient sur les faits, les profils concernés et les circonstances de leurs décès.
Aboubacar Sidiki « Toumba » Diakité : un décès qui interroge
Ancien aide de camp de Moussa Dadis Camara et figure clé du procès historique ouvert en 2022 sur le massacre du stade du 28 septembre 2009, « Toumba » Diakité avait été condamné en juillet 2024 à dix ans de prison pour crimes contre l’humanité.
Ce massacre, perpétré lors d’un rassemblement de l’opposition au stade de Conakry, avait fait plus de 150 morts et des centaines de femmes violées, marquant l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire guinéenne.
Le commandant Diakité purgeait sa peine à la maison d’arrêt de Coyah. Depuis plusieurs semaines, son état de santé était considéré comme préoccupant : un rapport médical du 4 mars 2026 signalait une tuméfaction épigastrique, des douleurs abdominales persistantes, une constipation chronique et des troubles du sommeil.
Le 23 mars 2026, il est victime d’un malaise dans sa cellule, puis transporté d’urgence à l’hôpital militaire du Camp Samory Touré.
Malgré des soins intensifs, il décède dans la nuit du 24 au 25 mars des suites d’une hernie de la ligne blanche étranglée, compliquée d’une péritonite aiguë généralisée.

Cette opacité a alimenté les soupçons et ravivé la tension autour de la gestion des détenus dans les dossiers politico-militaires.
Motif d’arrestation :
- Condamné en juillet 2024 à 10 ans de prison pour crime contre l’humanité dans le dossier du massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry.
Circonstances du décès :
- Décédé dans la nuit du 24 au 25 mars 2026 à l’hôpital militaire du Camp Samory Touré.
- Les médecins attribuent la mort à une hernie de la ligne blanche étranglée, compliquée d’une péritonite aiguë généralisée. Plusieurs rapports médicaux antérieurs signalaient déjà un état de santé fragile (douleurs abdominales, troubles digestifs, etc.)
Célestin Pépé Bilivogui : un an de disparition, un corps rendu sans explications

Le colonel Pépé Célestin Bilivogui, officier supérieur, avait été enlevé le 8 novembre 2023 par des gendarmes, quatre jours après sa radiation, dans le contexte de l’évasion spectaculaire de Dadis Camara et de Claude Pivi de la prison centrale de Conakry.
Pendant près d’un an, sa famille reste sans nouvelles, jusqu’à ce que son corps soit présenté à son épouse à la morgue de l’hôpital Ignace Deen le 25 septembre 2024.
Aucune explication officielle n’a été fournie sur le lieu de sa détention, les circonstances de sa mort et les causes exactes de son décès.
Les avocats du colonel ont dénoncé un enlèvement et exigé une autopsie, ainsi que l’ouverture de poursuites pour séquestration et homicide.
Plusieurs organisations civiles ont également dénoncé une violation flagrante des droits fondamentaux et une pratique répétée de rétention des corps par les autorités.
Motif d’arrestation :
- Enlevé le 8 novembre 2023 par des gendarmes, peu après avoir été radié à la suite de l’évasion de Dadis Camara et Claude Pivi de la prison centrale. Jamais présenté à un juge, ni officiellement inculpé.
Circonstances du décès :
- Son corps a été présenté à son épouse à la morgue de l’hôpital Ignace Deen le 25 septembre 2024, près d’un an après sa disparition.
- Les circonstances demeurent inconnues et non élucidées.
Colonel Claude « Coplan » Pivi : de l’homme fort du CNDD à une mort liée à une crise diabétique
Motif d’arrestation :
- Enlevé le 8 novembre 2023 par des gendarmes, peu après avoir été radié à la suite de l’évasion de Dadis Camara et Claude Pivi de la prison centrale. Jamais présenté à un juge, ni officiellement inculpé.
Circonstances du décès :
- Son corps a été présenté à son épouse à la morgue de l’hôpital Ignace Deen le 25 septembre 2024, près d’un an après sa disparition.
- Les circonstances demeurent inconnues et non élucidées.
Colonel Claude « Coplan » Pivi : de l’homme fort du CNDD à une mort liée à une crise diabétique

Ancien ministre chargé de la sécurité présidentielle sous la junte de 2008-2009, le colonel Claude Pivi avait été condamné à la perpétuité en juillet 2024 pour crime contre l’humanité liés au massacre du stade de Conakry.
Sa carrière bascule en décembre 2008, après la mort du président Conté.
Le capitaine Moussa Dadis Camara prend le pouvoir à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Pivi devient alors ministre chargé de la sécurité présidentielle, une fonction stratégique lui donnant autorité sur la garde présidentielle.
Il est accusé d’avoir exercé une responsabilité de commandement dans la répression sanglante des manifestations du 28 septembre 2009 au stade de Conakry.
En cavale après une évasion en 2023, il est finalement arrêté à la frontière libérienne en septembre 2024, puis extradé vers Conakry où il purgeait sa peine à la prison de haute sécurité de Coyah.
Le 6 janvier 2026, il décède dans un hôpital militaire après une hypoglycémie sévère consécutive à une non-observance de son traitement contre un diabète chronique, entraînant un coma hypoglycémique.
Une autopsie a été ordonnée, mais ses avocats contestent les causes avancées, estimant que les conditions de détention et l’accès aux soins ont joué un rôle déterminant.
Motif d’arrestation :
- Condamné en juillet 2024 à la perpétuité pour crime contre l’humanité liés au massacre du 28 septembre 2009.
- Il avait auparavant fui lors d’une évasion armée en 2023, puis arrêté et extradé en 2024.
Circonstances du décès :
- Mort le 6 janvier 2026, deux jours après avoir été évacué d’urgence à cause d’une hypoglycémie sévère liée à une non-observance du traitement de son diabète chronique.
- Le décès est survenu dans un coma hypoglycémique.
Général Sadiba Koulibaly : un décès sur fond d’accusations de torture psychologique
Ancienne figure centrale du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) et ex-chef d’état-major général des armées guinéennes, le général Sadiba Koulibaly incarnait jusqu’en 2023 l’un des piliers sécuritaires du régime issu du coup d’État de septembre 2021.
Sa chute brutale puis sa mort en détention, moins de trois semaines après son arrestation, continuent d’alimenter interrogations et controverses en Guinée.
Le 4 juin 2024, le général Sadiba Koulibaly est arrêté par les autorités militaires. Dix jours plus tard, il est jugé et condamné à cinq ans de prison par un tribunal militaire pour désertion à l’étranger et détention illégale d’armes.
Ses avocats dénoncent immédiatement une procédure expéditive, estimant que les droits de la défense n’ont pas été respectés. Selon eux, l’officier supérieur n’aurait pas bénéficié d’un accès régulier à ses conseils juridiques ni du temps nécessaire pour préparer sa défense.
Cette condamnation marque une rupture spectaculaire pour celui qui fut longtemps considéré comme un proche du pouvoir militaire.

Le 22 juin 2024, il meurt en détention, dans un lieu tenu secret, selon ses avocats qui affirment n’avoir jamais su où il était incarcéré.
Le rapport d’autopsie évoque un arrêt cardiaque provoqué par un psycho-traumatisme et un stress prolongé, selon le communiqué officiel.
Pour les autorités, il s’agirait d’une mort naturelle liée à un état psychologique dégradé. Mais pour ses proches et ses avocats, cette conclusion renforce au contraire leurs inquiétudes. Ils évoquent des pressions psychologiques sévères, assimilables selon eux à une forme de torture mentale.
Ils affirment également que le général aurait été maintenu dans un isolement total, sans accès régulier à sa famille ni à ses conseils juridiques.
Motif d’arrestation :
- Arrêté le 4 juin 2024 puis condamné dix jours plus tard à 5 ans de prison pour désertion à l’étranger et détention illégale d’armes.
Circonstances du décès :
- Décédé en détention le 22 juin 2024, dans un lieu tenu secret.
- Le rapport d’autopsie évoque un arrêt cardiaque dû à un psycho-traumatisme et un stress prolongé, ce que contestent ses avocats.

Pendant plus d’une décennie, ce dossier symbolisait l’impunité en Guinée. L’ouverture du procès en 2022 avait été saluée comme une avancée majeure pour la justice transitionnelle africaine.
Mais paradoxalement, les décès successifs de protagonistes clés fragilisent aujourd’hui la portée mémorielle et judiciaire du processus.
Ces décès surviennent dans un contexte marqué par une forte crispation intérieure, au moment où l’opposition et les observateurs dénoncent un recul démocratique et des droits humains et l’exercice autoritaire et solitaire du pouvoir par le général Mamadi Doumbouya, devenu président de la République.
Source: https://www.bbc.com/afrique

