Contre La sansure

Crise de liquidité en Guinée: Ce que les injections ne peuvent pas résoudre (opinion)

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La Banque centrale a injecté plus de 5 980 milliards de francs guinéens en 2025  soit 75% de plus qu’en 2024. Les guichets restent vides. Cette contradiction n’est pas un paradoxe : c’est le signal que la crise de liquidité guinéenne n’est pas d’abord un problème de volume de billets. C’est un problème de circuit.

Quatre fractures simultanées expliquent la résistance de la pénurie à toutes les injections. Plus de 5 000 milliards de francs ont été absorbés par les souscriptions aux obligations du Trésor, réduisant mécaniquement la capacité de retrait des banques commerciales avant même que la demande de liquidité n’augmente. La montée en puissance des grands chantiers d’infrastructure a généré une demande en cash physique que les projections macroéconomiques disponibles n’avaient pas intégrée, une variable structurelle nouvelle qui pèse directement sur les volumes en circulation.

Une rumeur de fausse monnaie en août 2024 a gelé les commandes de billets pendant sept mois, créant un vide d’approvisionnement dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. Enfin, l’incertitude économique ambiante a déclenché chez plusieurs catégories d’acteurs une thésaurisation défensive qui retire du circuit des volumes significatifs sans qu’aucune injection ne puisse les y ramener tant que la confiance n’est pas restaurée.

Ces quatre fractures ne se referment pas avec un seul levier. Toute mesure isolée produira un soulagement partiel imperceptible pour la population et politiquement coûteux pour ceux qui en portent la responsabilité.

Deux instruments coordonnés peuvent inverser la dynamique sans attendre une normalisation de l’approvisionnement en billets. Le premier crée un circuit de règlement secondaire pour les paiements administrés  impôts, scolarité, eau, électricité libérant ainsi le cash physique actuellement absorbé par ces flux vers le commerce de détail et les ménages qui n’ont pas d’alternative.

Le second extrait les grandes entreprises du circuit cash en basculant leurs transactions mutuelles vers un mécanisme de compensation comptable  réduisant mécaniquement la demande en billets là où elle est la plus volumineuse.

Ces deux mesures sont techniquement déployables et ont été testées contre leurs propres failles. Sans intervention coordonnée dans les prochaines semaines, la crise monétaire achève une conversion déjà documentée sur le terrain numérique : d’un problème de gestion monétaire vers un problème de cohésion sociale. Ce glissement-là ne se reverse pas avec des communiqués.

Sylla Ibrahima Kalil 

Contact: bureauinvisibledestrategies@proton.me

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