DÉCÈS DU COLONEL CLAUDE PIVI : LA NATION GUINÉENNE A DROIT À LA VÉRITÉ
Le communiqué publié par le Parquet général près la Cour d’appel de Conakry, relatif au décès en détention du Colonel Claude Pivi, se veut une information officielle destinée à éclairer l’opinion publique. Toutefois, à la lecture attentive de ce document, plusieurs incohérences, imprécisions et silences majeurs apparaissent, soulevant de légitimes interrogations sur les circonstances exactes de ce décès survenu sous la responsabilité directe de l’État guinéen.
Dans un contexte national déjà marqué par des disparitions, des assassinats et des morts suspectes, notamment de plusieurs civils et officiers des forces de défense et de sécurité dans des conditions jamais élucidées, ce nouveau drame ravive une inquiétude profonde quant au respect du droit à la vie, à la transparence judiciaire et à la redevabilité des institutions.
Au nom du droit à l’information, de l’exigence de vérité et du respect des engagements nationaux et internationaux de la Guinée, les questions suivantes sont adressées au Procureur général, afin de permettre à l’opinion publique de comprendre ce qui s’est réellement passé.
Sur la prise en charge médicale :
1. Vous indiquez que le détenu bénéficiait d’un suivi médical régulier. Pouvez-vous préciser la nature, la fréquence et la traçabilité de ce suivi ?
2. Existe-t-il un dossier médical carcéral complet retraçant l’état de santé et les soins prodigués au détenu depuis son incarcération ?
3. À quelle date a eu lieu la dernière consultation médicale avant la crise du 4 janvier 2026 ?
Sur la non-observance du traitement :
4. Sur quels éléments précis fondez-vous l’affirmation d’une non-observance du traitement ?

5. En milieu carcéral, qui est légalement responsable de l’administration et du contrôle de la prise des médicaments ?
6. Cette non-observance résulte-t-elle d’un refus documenté du détenu ou d’un manquement de l’administration pénitentiaire ou médicale ?
7. Y a-t-il eu une rupture de stock ou un retard dans la délivrance des médicaments prescrits ?
Sur la gestion de l’urgence médicale :
8. À quelle heure la crise a-t-elle été constatée et combien de temps s’est écoulé avant l’évacuation vers l’hôpital ?
9. Pourquoi le choix d’un hôpital militaire plutôt qu’un établissement civil spécialisé ?
10. Le détenu était-il stabilisé avant son transfert et sous quelle surveillance médicale se trouvait-il ?
Sur le décès et sa qualification :
11. Le diagnostic de coma hypoglycémique est-il définitif ou provisoire ?
12. Si la cause du décès est connue, pour quelles raisons une autopsie médico-légale a-t-elle été ordonnée ?
13. Le décès est-il survenu sous surveillance médicale continue ?
Sur l’autopsie et la transparence :
14. Qui réalisera l’autopsie et quelles garanties d’indépendance sont prévues ?
15. La famille sera-t-elle autorisée à désigner un médecin observateur ?
16. Le rapport d’autopsie sera-t-il rendu public dans son intégralité ?
Sur la communication et le contexte :
17. Pourquoi le communiqué mentionne-t-il l’évasion antérieure du détenu, élément sans lien direct avec les causes du décès ?
18. Cette mention vise-t-elle à contextualiser un régime de détention particulier pour Pivi ou à informer sur un fait sans incidence sur son décès ?
18. Le Parquet envisage-t-il un communiqué complémentaire plus détaillé, compte tenu de la gravité de l’affaire ?
Sur la responsabilité de l’État :
19. Le Parquet reconnaît-il que l’État est juridiquement responsable de la vie et de la santé de toute personne détenue ?
20. En cas de manquement établi, des poursuites seront-elles engagées et contre qui réellement ?
La mort d’un détenu, quelle que soit son identité ou les crimes qui lui sont reprochés, engage pleinement la responsabilité morale, juridique et politique de l’État. Elle ne peut être banalisée, encore moins expliquée par des formules laconiques ou des justifications insuffisamment étayées.
Dans une Guinée déjà endeuillée par la disparition et l’assassinat de plusieurs citoyens civils et militaires, et dans des circonstances jamais élucidées, le décès en détention du Colonel Claude Pivi ne peut être isolé de son contexte général de violence institutionnelle, d’opacité et d’impunité.
Le silence, l’imprécision et l’absence de reddition de comptes nourrissent la défiance et fragilisent davantage le pacte national. La vérité n’est pas une option. Elle est une exigence. Pour les familles endeuillées, pour la mémoire collective, pour l’État de droit et pour l’avenir de la nation guinéenne. Face à ce drame, c’est la conscience nationale qui est interpellée.
Jusqu’à quand les Guinéens continueront à s’asseoir et observer ces crimes d’État qui se multiplient dans le silence et dans l’indifférence ?
