Contre La sansure

Déclaration de biens en Guinée : la transparence sans le peuple

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La présidence guinéenne annonce que Monsieur Mamadi Doumbouya, a déposé une déclaration écrite sur l’honneur de son patrimoine auprès de la Cour suprême, conformément à l’article 60 de la Constitution de septembre 2025. L’annonce se veut rassurante. Elle ne l’est pas.

Cette déclaration n’est ni publique, ni accessible, ni soumise à un contrôle indépendant. Aucun citoyen, aucun journaliste, aucune organisation de la société civile ne peut en connaître le contenu ou en vérifier l’évolution. Le contrôle est strictement interne, exercé par des institutions dont les dirigeants sont nommés par le président lui-même. La déclaration de patrimoine devient ainsi un acte administratif clos, vidé de sa substance démocratique.

Ce choix est d’autant plus problématique que l’avant-projet de Constitution prévoyait explicitement la publication des déclarations de biens au début et à la fin du mandat au Journal officiel. Cette obligation a été supprimée dans la version finale adoptée par le Conseil national de la transition, sans explication publique. Pourquoi retirer la publication si l’objectif est réellement la transparence et la lutte contre l’enrichissement illicite ?

La question renvoie directement à la Charte de la transition, texte fondateur du pouvoir issu du coup d’État de septembre 2021. Cette Charte était claire : le Chef de la Transition devait déclarer publiquement ses biens au début et à la fin de son mandat, avec justification en cas d’enrichissement. Cette exigence n’était pas symbolique. Elle visait à empêcher que la transition ne se transforme en pouvoir personnel.

Or, dès sa prise de pouvoir, cette obligation a été ignorée. Mamadi Doumbouya s’est autoproclamé Chef de la Transition sans jamais déclarer ses biens, en violation directe de la Charte. La rupture avec les règles n’a pas été progressive : elle a été immédiate.

Quatre ans plus tard, après une transition prolongée, marquée par l’opacité financière et l’absence de reddition des comptes, annoncer une déclaration de patrimoine non publique relève moins de la transparence que de la communication politique. La déclaration devait être faite en 2021, avant l’exercice du pouvoir, précisément pour prévenir les dérives constatées.

Plus grave encore, la Charte de la transition a été écartée lorsqu’elle est devenue trop contraignante, remplacée par une Constitution conçue pour légaliser après coup une prise de pouvoir par la force. Après le putsch militaire de 2021, la Guinée a connu un putsch institutionnel : une transition transformée en régime personnel et un texte fondamental taillé sur mesure.

La réalité est simple :
la Charte devait être respectée,
la déclaration devait être publique,
et une Constitution doit protéger le peuple, non couvrir l’injustice.

Un état sans règles, sans contrôle citoyen et sans transparence ne peut produire ni démocratie, ni justice, ni paix. Le reste n’est que théâtre.

Abdoul Karim Diallo, citoyen guinéen

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