DEMISSIONS AU SEIN DU PARTI DE YAYI BONI EN PLEINE CAMPAGNE POUR LA PRESIDENTIELLE AU BENIN. : A qui profite la mort programmée du parti Les Démocrates ?
Après le père qui a lâché, en début de ce mois de mars 2026, les amarres du parti Les Démocrates dans les conditions que l’on sait, c’est au tour du fils, Chabi Yayi, de quitter le navire du principal parti d’opposition au Bénin. Il a rejoint le candidat du parti au pouvoir, Romuald Wadagni, qui voit le ciel de la présidentielle s’éclairer pour lui, avec ce soutien de poids, qui s’ajoute à celui d’un autre cadre démissionnaire du même parti, en la personne de Guy Dossou Mitokpè. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à quelques encablures de la présidentielle du 12 avril prochain au Bénin, la saignée continue au sein du parti de l’ancien président Boni Yayi.
Une situation qui est d’autant plus inquiétante qu’à cette allure, c’est la mort programmée du parti qui faisait contrepoids au pouvoir de Patrice Talon et qui donnait encore du sens à la démocratie au pays du Vaudou. La question qui se pose est la suivante : à qui profite une telle situation ? La question est d’autant plus fondée que le parti est déjà éliminé de la course à la présidentielle du 12 avril prochain, en raison de l’invalidation, par la Cour constitutionnelle, de sa candidature pour « insuffisance de parrainages valides ».
Patrice Talon est loin d’avoir laissé la démocratie se jouer librement après lui
Une situation d’autant plus ubuesque que cette mise à l’écart de la principale formation politique capable de tenir la dragée haute au candidat du pouvoir dans la course à la succession du président Patrice Talon, est consécutive au retrait du parrainage d’un élu même dudit parti, qui s’est rétracté après coup sans qu’on n’y comprenne rien. Mais ainsi va la politique sous nos tropiques africains où dans la conquête ou la conservation du pouvoir, tous les moyens semblent bons et tous les coups permis. Et tout porte à croire que malgré le mérite qui est le sien, d’avoir résisté à la tentation d’un troisième mandat, Patrice Talon est loin d’avoir laissé la démocratie se jouer librement après lui.
Et dans le cas de cette présidentielle qui aiguisait bien des ambitions, c’est peu dire que l’homme d’affaires devenu président, aura tout mis en œuvre pour déblayer le terrain pour son dauphin. Et cela n’est pas surprenant dans cette Afrique où, à défaut de pouvoir s’accrocher au pouvoir, bien des dirigeants ont souvent la hantise de leurs arrières qu’ils cherchent à assurer, avant de passer la main. Pour en revenir aux démissions en cascades de cadres et pas des moindres, au sein du parti de l’ancien locataire du palais de la Marina, cela n’est pas un phénomène nouveau en Afrique où les rats sont souvent prompts à quitter le navire quand celui-ci commence à prendre l’eau. Et c’est le triste sort de bien des partis qui ont perdu le pouvoir et qui peinent à le reconquérir dans un contexte où le nomadisme politique a vu des leaders politiques et pas des moindres, retourner leur veste quand ils ne migrent pas tout simplement vers des prairies plus grasses.
La descente aux enfers du parti Les Démocrates est un mauvais signal pour la démocratie béninoise
Toute chose qui pose le problème des convictions politiques en Afrique où les militants de base sont souvent désorientés par l’attitude de leurs dirigeants quand ils ne se retrouvent pas, du jour au lendemain, orphelins de leur leader. Quant au parti Les Démocrates, le plus grand défi qui se pose à lui, à présent, est de survivre à ces leaders déserteurs et surtout à la défection de l’ancien président Boni Yayi qui était pratiquement l’âme du parti, tout le temps qu’il en tenait les rênes. En tout état de cause, la descente aux enfers du parti Les Démocrates, doublée au ralliement de certains de ses cadres au parti au pouvoir, est un mauvais signal pour la démocratie béninoise qui était déjà à la peine sous Patrice Talon.
L’homme d’affaires parvenu à la magistrature suprême étant, entre oppression d’opposants et intimidation de journalistes, régulièrement accusé de dérives autoritaires ayant contribué à tirer vers le bas, la démocratie béninoise qui était pourtant citée comme une référence en Afrique subsaharienne francophone. Déjà, la razzia de la mouvance présidentielle aux dernières législatives où l’opposition emmenée par Les Démocrates a mordu la poussière, a fini de dessiner la couleur d’une Assemblée nationale monocolore. Et si les Béninois n’y prennent garde, cette présidentielle de 2026 où tous les signaux semblent au vert pour le candidat du pouvoir, risque de porter un autre coup de Jarnac au pluralisme politique dans leur pays.
« Le Pays »

