Contre La sansure

Démocratie électorale : le coût d’un rituel sans enjeu (Par Elhadj Aziz Bah)

0

Budgets publics sous tension, institutions mobilisées, populations convoquées aux urnes : en Guinée comme ailleurs en Afrique de l’Ouest, l’élection présidentielle continue d’être présentée comme l’aboutissement de la démocratie. Pourtant, lorsque l’issue du scrutin est largement prévisible, le vote devient un rituel coûteux, plus symbolique que décisif. Cette démocratie réduite à la procédure mérite aujourd’hui un examen lucide.

Combien une élection présidentielle coûte-t-elle réellement à un pays comme la Guinée ? La question dépasse largement le cadre budgétaire. Certes, les chiffres sont éloquents : organisation matérielle, sécurité, communication, fonctionnement des institutions électorales. Mais le coût le plus lourd est ailleurs : dans l’usure de la confiance citoyenne, la banalisation du vote et la transformation du suffrage en simple formalité politique.

En Guinée, comme dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, l’élection est devenue un passage obligé, presque mécanique, souvent déconnecté d’un véritable choix politique. Le pluralisme existe sur le papier, mais l’asymétrie des moyens, le contrôle institutionnel et le contexte politique rendent l’issue du scrutin largement anticipable. L’urne tranche rarement ; elle entérine.

Un proverbe africain rappelle que « lorsque le chemin est tracé d’avance, on n’a plus besoin de boussole ». C’est précisément ce sentiment qui gagne une partie croissante de l’opinion publique : pourquoi voter quand le résultat semble écrit avant même l’ouverture des bureaux ? Cette perception, qu’elle soit fondée ou non, affaiblit le cœur même de la légitimité démocratique.

Depuis les années 1990, la démocratie électorale s’est imposée comme un standard quasi universel, souvent sous l’impulsion des partenaires internationaux. En Afrique de l’Ouest, elle a permis certaines avancées, alternances pacifiques, ouverture de l’espace politique, mais elle a aussi montré ses limites. Là où les institutions sont fragiles, l’élection ne corrige pas les déséquilibres de pouvoir ; elle les habille.

« On ne soigne pas une maladie chronique avec des remèdes symboliques », dit un adage populaire. Répéter les élections sans s’attaquer aux fondations, indépendance de la justice, crédibilité des institutions, équité des règles du jeu, libertés publiques effectives, revient à confondre procédure et substance.

Le problème n’est donc pas l’élection en soi, mais son absolutisation. En Guinée, comme en Côte d’Ivoire ou ailleurs dans la sous-région, le défi est désormais clair : sortir d’une démocratie réduite au seul moment électoral pour construire une gouvernance fondée sur la responsabilité, le contrôle citoyen et la performance publique.

« Tant que la parole du peuple ne pèse qu’un jour, le silence durera cinq ans ». Cette sagesse résume l’impasse actuelle. Une démocratie vivante ne se limite pas à un bulletin glissé dans l’urne ; elle se construit dans la durée, par des institutions crédibles et un contrat social respecté.
À force de confondre légitimité et formalité, l’Afrique de l’Ouest risque de transformer l’élection en rituel sans enjeu. Et ce rituel, coûteux et répétitif, pourrait bien finir par épuiser ce qu’il prétend incarner : la souveraineté populaire.

Tirer toutes les conséquences de cette élection contestée suppose un acte de courage politique : se débarrasser des opportunistes qui prospèrent sur la confusion, rouvrir l’espace du dialogue sincère, restaurer la confiance par des gestes forts, et surtout gouverner avec le peuple, non à sa place. Le pouvoir n’est durable que lorsqu’il est partagé dans le respect des règles et des consciences.

La Guinée n’a pas besoin d’un homme retranché derrière des chiffres officiels. Elle a besoin d’un dirigeant capable d’entendre le silence des urnes, d’y lire un avertissement, et d’y répondre par l’humilité et la rectification. L’histoire, elle, observe toujours. Et elle juge sans complaisance.

« Celui qui refuse d’entendre le cri du village apprendra dans le fracas de son effondrement. »
— Proverbe peul

A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.

Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?