DES INTÉRÊTS AMÉRICAINS AU PRIX DU DROIT INTERNATIONAL
« La souveraineté territoriale signifie l’exclusion de toute autre autorité étatique. Elle exprime l’indépendance juridique de l’État vis-à-vis de toute puissance étrangère et constitue le fondement de l’ordre international », déclarait Max Huber à propos du différend de Palm Jumeirah en 1928. Pourtant, le 3 janvier 2026, l’armée américaine, sur ordre du président Donald Trump, a envahi le Venezuela, orchestrant un coup d’État contre le régime politique de Nicolás Maduro.
Pour de nombreux commentateurs sur des plateformes virtuelles, cette opération, menée avec le soutien de la force spéciale américaine Neptune Spear contre le terrorisme d’Oussama ben Laden, fondateur du réseau Al-Qaïda, le 2 mai 2011 à Abbottabad, au Pakistan, sous l’administration Barack Obama, soulève des questions. Car, techniquement, une telle opération exige des années de préparation, avec collecte de renseignements, soutien interne et logistique méticuleusement planifiée.
L’armée vénézuélienne a-t-elle livré son président, en collusion avec des politiciens qui accéderont au pouvoir sous l’égide des États-Unis ? Nombreux étaient convaincus que la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, alliés de la République du Venezuela, n’accepteraient pas que Nicolás Maduro tombe entre les mains de la Maison Blanche. Les États-Unis ont prouvé le contraire : Ils ont capturé le président Nicolás Maduro dans son palais présidentiel et l’ont conduit, sa femme avec, vers Washington, même si « la souveraineté de l’État est absolue et perpétuelle, et aucune autre puissance ne peut imposer sa volonté sans le consentement du souverain. Dans les relations entre États, chacun doit respecter cette souveraineté afin de garantir la paix et la justice », l’affirmait d’ailleurs le juriste et philosophe Jean Bodin.
Il convient de noter que le président Nicolás Maduro, au pouvoir depuis plus d’une dizaine d’années après la mort du président Hugo Chávez dont il fut le vice-président, a perpétué l’héritage du chavisme, l’idéologie de Hugo Chávez, président fondateur du nouveau socialisme du XXIe siècle. Cette idéologie, qui prône un État fort et interventionniste, repose sur une rhétorique anti-impérialiste, une opposition à la politique américaine qui se nourrit d’une insistance sur la souveraineté vénézuélienne et des alliances avec des pays comme le Cuba, la Russie, la Chine et l’Iran. En réalité, l’ensemble de la politique idéologique du chavisme semble avoir empêché les États-Unis d’atteindre leur objectif stratégique de longue date.
C’est pourquoi, depuis mars 2020, par l’intermédiaire de leur procureur général, les États-Unis ont inculpé le dirigeant vénézuélien de plusieurs chefs d’accusation graves, fabriqués de toutes pièces, pour s’établir sur le régime vénézuélien. Ces accusations comprennent le trafic international de drogue, le narcoterrorisme, la collusion avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), un groupe de guérilla marxiste-léniniste colombien actif depuis plus de 50 ans, le blanchiment d’argent et la corruption, ainsi qu’une alliance avec le Cartel de los Soles, un réseau qui a fait entrer clandestinement de la cocaïne aux États-Unis.

Sur la base de ces graves accusations, les États-Unis, selon la Maison Blanche, ont une base légale pour mener une guerre contre le régime de Nicolás Maduro. Ainsi, Nicolás Maduro est dépeint comme le protecteur de l’héritage chaviste face aux pressions extérieures : un dictateur. Il convient de noter que ce style de gouvernement a exposé à plusieurs reprises le Venezuela aux attaques de la présidence américaine.
Face à ce dilemme, le monde a une fois de plus été témoin d’une violation flagrante du droit international. Cet acte démontre combien de fois l’humanité est tombée sous le joug d’un terrorisme d’inspiration américaine. Plusieurs présidents ont exprimé leur soutien au Venezuela, condamnant l’agression américaine. Politologues, journalistes, spécialistes des affaires vénézuéliennes, auteurs et hommes politiques se sont exprimés et ont débattu à la télévision et sur d’autres plateformes. Tous se sont interrogés sur la manière d’expliquer cette folie américaine.
Peut-on encore parler de souveraineté d’un État indépendant ? Peut-on encore se fier aux concepts de démocratie, de liberté nationale, de justice internationale, de droit international ? Quel respect avons-nous encore pour la prestigieuse institution des Nations Unies ? Quel respect accorderons-nous au respect de la dignité territoriale ? Quelles étaient les raisons d’une telle intervention américaine ? Était-ce pour sauver le peuple vénézuélien de la dictature du président Nicolás Maduro ou était-ce lié aux relations entre l’Iran et le Venezuela ? Ce ne sont là que quelques-unes des questions qui ont plongé le monde entier dans la confusion et un silence assourdissant.
L’annonce de la capture et de l’exfiltration d’un chef d’État en exercice constituerait un événement sans précédent, aux conséquences majeures pour le droit international et la sécurité mondiale, et soulèverait de sérieuses questions relatives à la souveraineté des États, au principe de non-ingérence et à l’interdiction du recours unilatéral à la force, principes cardinaux de l’ordre international. Dans sa réaction, le président américain prétend agir au nom de la démocratie. Mais de quelle démocratie parle-t-il ? Il est essentiel de comprendre que la démocratie est indissociable de la souveraineté nationale et repose sur des piliers tels que la justice, la liberté et l’État de droit. De plus, il nous semble que les lois fondamentales établies par l’ONU pour garantir la souveraineté des États membres après la Seconde Guerre mondiale ne sont plus appliquées depuis un certain temps et que, par conséquent, le monde est devenu une jungle où la force prime sur le droit.
Le président Nicolás Maduro espérait une intervention de la Russie, mais Trump en est allié dans la guerre contre l’Ukraine. Et ce point aurait dû lui faire comprendre la trahison de la Russie. Du point de vue européen, rien ne sera fait pour sauver le président vénézuélien, comme l’a justement déclaré le président français Emmanuel Macron : « Le peuple vénézuélien est désormais libéré de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. » L’Europe restera silencieuse car, selon elle, il est préférable que le Venezuela se libère de l’influence russe et chinoise. Ainsi, le monde pourra prétendre que le président Donald Trump fait le sale boulot pour les Européens ; on se félicitera en secret, et la vie continuera. C’est la jungle et chacun ne pense qu’à ses propres intérêts. Les Européens qui ont condamné la gestion de la crise ukrainienne par la Russie se retrouvent aujourd’hui confrontés à une situation similaire avec le Venezuela. Simple coïncidence ?
Une chose est certaine, l’humanité a été prise au dépourvu par ce revirement de situation. Une nouvelle organisation est-elle nécessaire pour succéder à l’Organisation des Nations Nations ? Telle est la question ouverte.
Axel Presnel Korondo Mobezaoro
Observateur Socio-Politique
Source de l’image de la UNE https://www.wsj.com/articles/venezuela-wins-appeal-on-1-4-billion-payment-to-exxon-mobil-1489190693
