Contre La sansure

Dissolution de 40 partis politique en Guinée : le coup de grâce (Par Habib Yembering Diallo)

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La date du 6 mars 2026 s’inscrira dans les annales de l’histoire politique du pays qui s’était engagé librement à instaurer le multipartisme peu avant le sommet de la Baule. La dissolution de 40 partis politiques constitue un véritable séisme dans le microcosme politico-judiciaire. D’autant plus que parmi les partis envoyés à la guillotine, il y a tous ceux qui ont dominé la vie politique du pays depuis son indépendance.

Dans cette histoire de dissolution, ce n’est pas forcément la quantité de partis dissouts qui compte mais la qualité. Un paysage politique guinéen où l’UFDG, le RPG-arc-en-ciel et l’UFR n’existent plus, ressemble à une maison où il n’y a ni père, ni mère. Sur la base des résultats de toutes les consultations électorales de ces trente dernières années, ce sont près de 90% de militants qui sont sevrés par la décision du 6 mars 2026.

C’est autant dire que c’est un événement majeur. Mais le cas de l’emblématique PDG-RDA est plutôt symbolique. C’est pratiquement un parti octogénaire qui vient d’être liquidé au figuré comme au propre par le MATD. A 2 mois seulement de la célébration de son 79ème anniversaire, le PDG-RDA passe de la vie à trépas. Même si, depuis 1984, il battait de l’aile, à l’occasion de chaque anniversaire il jetait un regard rétrospectif pour rappeler avec nostalgie ses heures de gloire. Sa disparition forcée est un tournant historique dans l’évolution politique de ce pays.

Mais aux côtés de désormais feu PDG-RDA, il y a d’autres. Et non des moindres. Comme le PUP et le RPG-arc-en-ciel. Deux formations politiques qui, elles aussi, ont fait la pluie et le beau temps ces trente dernières années. Si, depuis 1977, le mouvement politique de l’opposant historique – devenu président de la République avant de devenir un nouvel exilé – évoluait en clandestinité, c’est en 1992 que le RPG a été légalisé. Depuis, il a été une véritable et terrible épine dans le pied du président Lansana Conté et son PUP. Créé dans un contexte post révolutionnaire, le RPG regroupait les orphelins du PDG et les adversaires du PUP.

A la faveur de la transition de 2010, dans laquelle le chef considérait le pouvoir comme une patate chaude entre ses mains, le RPG réalisa sa consécration. Passant de la bête noire du palais au locataire de ce même palais. Jusqu’à la date fatidique du 5 septembre 2021. Depuis, le parti entama une nouvelle traversée du désert. L’aventure a pris fin le 6 mars 2026 avec la signature de son acte de décès par le MATD.

Mais dans cette saga politico-judiciaire, c’est le cas de l’UFDG qui intrigue le plus. Premier ou deuxième à toutes les élections depuis 2010, ce parti avait fait de son président un véritable « phénomène de foule ». Une anecdote raconte que les commandes de son effigie avaient battu tous les records au pays de l’Empire du Milieu. Si bien qu’un jour, un Chinois demanda « si ce monsieur est le président de l’Afrique ».

Ironie du sort, il aura fallu que son fondateur soit parmi les plus hauts perchés pour qu’on assiste à sa guillotine. L’actuel chef du gouvernement avait créé ce parti. A la demande de son défunt mentor, il accepta de confier son nouveau-né à un autre. Quand le bébé grandit, les deux se disputèrent âprement de sa paternité. Devant l’impossibilité de récupérer son enfant, la trentenaire, le géniteur ne rechigna pas à la proposition d’assener le coup de grâce à sa progéniture.

L’UFDG, qui paya le plus lourd tribu d’un processus démocratique, sans véritables démocrates, rejoint désormais ses nombreux militants au cimetière. A la seule différence que le parti a été exécuté par un stylo alors que ses militants, eux, l’ont été par un fusil.

En prélude à cette disparition, le fondateur signa un mariage de raison avec un autre. Deux ans jour pour jour après leur union, le nouveau couple obtint un nouvel enfant. Cette fois il ne sera point question de faire adopter cet enfant. C’est plutôt lui qui devra apprivoiser les adultes. Ainsi, ceux qui clament et proclament une quarantaine d’années d’expérience et de lutte politique vont faire allégeance au nouveau-né. Comme dit le vieil adage : aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années.

Habib Yembering Diallo, pour Guineematin.com

https://guineematin.com/

 

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