Contre La sansure

Drôle de communication

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Il y a des situations dans lesquelles les gestes parlent plus que les mots. La dernière campagne électorale pour la présidentielle guinéenne a montré l’intérêt et la place que la musique et la danse occupent dans ce pays. Au point que certains ministres se sont livrés à un véritable concours de danse. En lieu et place de leurs programmes de société, beaucoup d’autres candidats ou leurs représentants ont dansé.

Cette situation rappelle l’héritage du premier régime qui avait fait de la musique son sujet de prédilection. Avec chaque région –les actuelles préfectures-, un orchestre. Ce passé suivrait-elle encore la Guinée comme son nombre ? La question a son pesant d’or dans la mesure où dans toutes les campagnes de communication on use et abuse parfois de la musique. Ce qui est dans certains cas contre productif.

Lorsque les sociétés de téléphonie mobile font leur campagne de vente et de promotion, elles le font avec de la musique. Ce qui limite leur public cible. Il y a quelques années, une personne âgée avait confessé qu’elle ne pouvait pas s’approcher du camion dans lequel les cartes SIM étaient vendues. De crainte d’être aperçu à un endroit peu recommandable pour son âge et son statut social, ce cas atteste, s’il en était besoin, qu’une campagne menée avec la musique peut déboucher souvent sur des effets contraires à ceux escomptés.

L’autre drôle de communication est une campagne de vaccination ou de dépistage de maladies accompagnée de la musique. Comme le public l’a observé il y a quelques jours au carrefour de Kagbelen. Une équipe médicale avait mis en place une tente portant le logo de Médecins Sans Frontières. L’objectif était le dépistage volontaire de certaines maladies devenues un véritable problème de santé publique. Curieusement, à l’entrée de la tente, il y a un gros haut-parleur qui fait vibrer le sol. Au point qu’il fallait crier de toute sa force et dans l’oreille de son interlocuteur pour se faire entendre.

Une autre maladresse relative à la communication : la sonnerie de nos téléphones. On oublie souvent qu’entre la sonnerie que nous recevons et celle que notre correspondant reçoit, seul le premier nous appartient. Cela veut dire qu’autant nous avons le droit de mettre la sonnerie que nous voulons entendre lorsque nous recevons un appel, autant nous n’avons pas droit d’imposer à nos interlocuteurs une sonnerie.

Les opérateurs de la téléphonie mobile proposent aux abonnés de la musique à activer comme sonnerie. Sans se demander si tous ceux les appellent sont des mélomanes, des abonnés activent de la musique. Ce qui agace certains des leurs. Imaginez un seul instant qu’un imam ou un sage tout court qui appelle un des siens et qui, en lieu et place d’une sonnerie classique, que nous connaissons tous, est tympanisé par la musique.

A contrario, d’autres personnes, activent la lecture du Saint coran comme la sonnerie. Avant de faire ce choix, demandez-vous si tous vos correspondants sont des musulmans. Si la réponse est oui, vous pouvez. Sachant que même parmi ces derniers, il y a ceux qui n’aiment pas ce que vous aimez. A plus forte raison si les musulmans, les chrétiens, les animistes et même les athées vous appellent. Dans ce cas-là, cette lecture est contre-indiquée. Parce qu’elle
suscite non pas l’intérêt que vous souhaitez mais l’indifférence voire l’irritation.

Habib Yembering Diallo

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