Edito-Guinée:Des ambassades entre décorum et faillite diplomatique. (Par Aïssatou Chérif Baldé).
Il ne suffit pas d’exister sur la scène internationale pour être respecté. Encore faut-il être utile. Or, aujourd’hui, les ambassades guinéennes donnent de plus en plus l’image d’institutions vidées de leur substance, réduites à des vitrines coûteuses où le décorum l’emporte sur l’efficacité.
Sous le régime militaire guinéen, les critiques se multiplient et convergent, car de nos jours une grande majorité des diplomates semble davantage préoccupée par son train de vie et son image que par la défense des intérêts stratégiques du pays. La diplomatie devient alors un spectacle, la diaspora un public à impressionner, et les actions concrètes pour faire rayonner le pays passent au second plan.
L’exemple du manque d’examens de langue allemande à Conakry est, à lui seul, accablant. Incapable d’obtenir leur maintien à Conakry, la diplomatie guinéenne laisse des centaines de jeunes sans solution locale. Étudier, se former, rejoindre sa famille en Allemagne, devient alors un parcours du combattant, contraignant les candidats à se déplacer dans plusieurs pays africains et passer les examens auprès des Goethe-Instituts de Dakar, Ouagadougou, Abidjan, Accra ou Lomé à des coûts exorbitants. Une défaillance flagrante, dans un contexte où la demande d’obtention de visas d’études ou de regroupement familial pour l’Allemagne ne cesse de croître.
Ceci n’est pas un simple dysfonctionnement. C’est le symptôme d’un système diplomatique Inefficace.
Car derrière ces échecs, c’est toute un système qui est pointé du doigt et qui reste fondé sur le clientélisme, le népotisme, la cooptation.
C’est ce qui explique d’ailleurs que dans certaines ambassades, les postes ne répondent plus à une logique de compétence mais à une logique de proximité. Des fonctions superflues émergent, comme celle de « ministre conseiller ». Résultat : on fait face à des structures administratives lourdes, inefficaces, où l’autorité hiérarchique elle-même vacille.
Dans ce climat, les ambassades se fragmentent. Clans, rivalités internes, décisions improvisées et la diplomatie se désorganise. Les objectifs affichés ne sont plus suivis d’effets, les projets manquent de rigueur, les rapports perdent en crédibilité. La communication institutionnelle au niveau des ambassades, elle, continue de masquer cette réalité derrière une façade soigneusement entretenue.
Mais le plus préoccupant reste ailleurs, c’est-à-dire dans l’absence de contrôle.
Les accusations de mauvaise gestion sont récurrentes — détournements, surfacturations, mauvaise utilisation des fonds publics. Et pourtant, les audits au sein des ambassades ne sont presque jamais effectués. Cette impunité alimente un système où les dérives ne sont ni sanctionnées ni corrigées.
À cela s’ajoutent des pratiques opaques autour de services essentiels comme la délivrance des passeports ou la prise de rendez-vous pour l’obtention d’un passeport, renforçant le sentiment d’un abandon institutionnel.
Dans ces conditions, la multiplication des ambassades interroge. Présentée comme un signe de rayonnement, elle ressemble de plus en plus à une fuite en avant. Car une diplomatie ne se mesure pas au nombre de ses bâtiments, mais à son impact réel.
Or, le contraste est saisissant : d’un côté, des représentations diplomatiques coûteuses et inefficaces ; de l’autre, une population confrontée à des urgences criantes en matière d’éducation, de santé et d’infrastructures.
Dans ce cas peut-on sérieusement parler de priorité nationale ?

La question n’est plus seulement celle de l’efficacité, mais celle du sens que l’on donne à cette pléthore d’ambassade et à la diplomatie guinéenne.
Maintenir un réseau diplomatique hypertrophié sans résultats tangibles revient à entretenir une illusion de puissance. Une illusion qui pèse lourd sur les finances publiques, sans bénéfice clair pour les citoyens.
Et le fait de penser que l’existence d’un État ne se valide que par sa présence avec des ambassades et des consulats dans les pays qui s’étaient organisés à Berlin en 1884 pour spolier le continent africain et non par le progrès social, le respect des droits humains, est une erreur monumentale.
Car on se lance dans une concurrence déséquilibrée dont on a pas la maîtrise avec des pays à l’image de la France qui ne pouvaient que transformer la Guinée en un pays subalterne receveur de leçon au départ et d’injonction à l’arrivée venant des mêmes pays occidentaux.
En toute sincérité peut-on dire que l’échange d’ambassadeur entre la Guinée et la France, la Guinée et la Chine, l’Allemagne et la Guinée, les États-Unis et la Guinée symbolise vraiment l’amitié paritaire entre ces pays?
Bien sûr que non.
D’abord le prix du mètre carré du terrain à Conakry est 100 fois inférieur au prix à Pékin, à Berlin, à Paris, à Washington.
Ce qui fait que même si la Guinée avait le même niveau de vie que les États-Unis ou l’Allemagne, elle ne peut pas construire la même ambassade imposante à Berlin, à Washington fait à moindre frais à Conakry.
Avec de telles ambassades imposantes, ces pays imposent clairement dans la psychologie du peuple guinéen le symbole de leur super puissance et oblige ce dernier à se mettre à genoux avant même que d’imaginer quel genre d’amitié est possible entre le peuple américain et guinéen, incapable de retrouver la Guinée sur une carte géographique et les Guinéens las de beaux discours des ambassadeurs des pays occidentaux qui ne changent en rien dans leur quotidien plus que jamais pénible.
La solution est connue, mais elle exige beaucoup de courage et de la volonté politique : réduire, rationaliser, contrôler, professionnaliser les ambassades. Mettre fin aux recrutements sur fond de logiques de cooptation et de népotisme. Instaurer des audits indépendants. Recentrer la diplomatie sur ses missions fondamentales.
La priorité doit être donnée à la création des richesses, à la fin des inégalités sociales afin d’avoir après six décennies d’indépendances ne serait qu’un semblant de vie de normalité pour le peuple de Guinée que de continuer à créer une pléthore d’ambassade et de diplomates inutiles et inefficaces qui sont payés grâce à leur inefficacité.
Cette rationalisation permettra de libérer des ressources que nous utiliserons pour améliorer la vie de nos citoyens.
Et c’est ce qui se passe d’ailleurs partout en Europe.
Car au fond, une vérité s’impose: une diplomatie qui ne protège pas, qui ne facilite pas des coopérations et relation extérieure solides, qui ne construit pas une Guinée rayonnante de par l’efficacité de ses diplomates, n’est plus une diplomatie. C’est un luxe inutile.
