Contre La sansure

Éditorial – An 67 : L’indépendance confisquée, le mensonge célébré !

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Doumbouya, dans un morbayassa acrobatique, pond un discours qui tient plus du festin de mythomanes que d’une adresse à la Nation.

Sous les projecteurs, vêtu d’un grand boubou blanc qui veut cacher les taches de sang, il se donne l’allure d’un père de la Nation. Derrière lui, des soldats immobiles en statues rouges : non pas la République, mais un opéra militaire, soigneusement mis en scène. Le drapeau national, planté comme un accessoire, n’est plus symbole de liberté mais simple rideau dans le théâtre du mensonge.

Son visage fermé, son regard figé, sa bouche mécanique : voilà l’image d’une République confisquée, où la parole ne construit plus, mais trompe. Le “67” coloré projeté à l’écran n’a rien d’un jubilé de fierté : c’est un compteur de mensonges, accumulés depuis l’indépendance.

Le double micro devant lui ne capte pas la voix du peuple. Il amplifie seulement un monologue : celui d’un régime qui se parle à lui-même, persuadé de convaincre par le décor. Tout respire l’artifice : le silence des gardes pour étouffer les cris, la blancheur immaculée pour maquiller les crimes, et l’absence de sourire comme preuve d’un pouvoir prisonnier de son propre théâtre.

Un spectacle funèbre déguisé en célébration.
En réalité, ce n’était pas une adresse à la Nation. C’était une messe funèbre, une danse macabre où l’indépendance est commémorée comme une victoire imaginaire, pendant que la dignité nationale est enterrée dans l’ombre des projecteurs.

La fierté ? Non, la soumission.
On proclame la fierté nationale. Mais quelle fierté, quand les prisons débordent d’opposants, quand la peur est devenue la loi, quand les familles vivent au rythme de l’intimidation ? La vraie fierté n’est pas un discours. Elle se mesure en justice, en dignité, en protection du citoyen.

S’inspirer du passé pour construire l’avenir ? Un slogan creux.

Nos pères de 1958 avaient dit NON au néocolonialisme. Soixante-sept ans plus tard, le pays retombe dans les bras des mêmes prédateurs, via des contrats opaques et des élites qui confondent souveraineté et enrichissement personnel. L’avenir n’est pas construit, il est bradé.

L’ordre et la discipline ? Ou la peur et la fracture.

Le vivre-ensemble n’est plus qu’un mot creux. L’ordre est militaire. La discipline est imposée par la matraque. La fracture ethnique, sociale et politique s’élargit. La vraie discipline n’est pas la soumission : c’est la justice.

La notation B+ : une médaille en toc.

On brandit une note B+ comme trophée. En réalité, ce n’est qu’un macaron de bonne conduite, distribué par les bailleurs. Une décoration vide, pendant que les femmes au marché voient l’inflation avaler leurs revenus. Personne ne mange une “perspective stable”.

Le fonds souverain ? Non, le fonds du souverain.

Dans un État sans institutions solides, sans transparence, un fonds souverain n’est qu’une caisse noire au service d’un clan. Pas un levier de développement, mais un coffre de rente pour consolider un pouvoir.

Simandou 2040 : promesse ou mirage ?
Simandou, encore et toujours… Promis comme colonne vertébrale du développement. Mais Simandou n’a jamais financé une école, un hôpital, ni l’avenir des jeunes. Il finance seulement le confort des élites et l’espérance illusoire d’un régime qui joue la montre. Depuis trente ans, Simandou n’est qu’un mirage.

L’indépendance confisquée.

À l’an 67, la Guinée aurait dû célébrer sa maturité. Elle célèbre au contraire son asservissement. On appelle souveraineté ce qui n’est que dépendance. On appelle réforme ce qui n’est que poudre aux yeux. On appelle fête nationale ce qui n’est que mascarade.

La vérité est simple : l’indépendance n’est pas une date, mais une pratique quotidienne. Aujourd’hui, elle est morte de mensonges, ensevelie sous l’indignité et confisquée par le néocolonialisme.

Le peuple le sait.
Le monde le voit.
Et l’Histoire jugera.

La rédaction de https://www.guineefutur.info/

In. https://www.guineefutur.info/2025/10/01/editorial-an-67-lindependance-confisquee-le-mensonge-celebre/

 

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