El-Hadj Aziz Bah, pourquoi ne pas aborder les causes structurelles qui font de la Guinée un terrain d’exploitation au profit d’intérêts étrangers ?
Le texte d’Elhadj Aziz Bah (*) est un cri de cœur qui résonne avec une sincérité indéniable, mais derrière cette ferveur, il y a des failles conceptuelles et des raccourcis qui méritent d’être soulignés. D’emblée, l’auteur s’appuie sur des citations inspirantes pour appuyer son propos, mais l’effet produit demeure éphémère, car ces paroles, bien que puissantes, ne suffisent pas à masquer le manque de substance analytique du texte.
La critique du leadership défaillant en Guinée est un terrain commun, et l’auteur ne propose guère de nouvelles perspectives. Parler d’un « manque de vision, d’intégrité et de compétence » est certes une vérité, mais cette rengaine ne mène à aucune compréhension des mécanismes complexes qui perpétuent le statu quo. Il aurait été plus percutant d’aller au-delà de ces constats basiques, de décortiquer les dynamiques de pouvoir, les jeux d’intérêts internationaux qui asphyxient le pays, ou d’exposer les complicités internes qui maintiennent cette élite prédatrice au sommet.
La simplification du phénomène de la fuite des cerveaux en Guinée, par exemple, mérite une analyse plus approfondie. Ce n’est pas uniquement un problème de leadership, mais également un symptôme d’une économie globale qui continue de siphonner les ressources humaines des pays en développement. Pourquoi ne pas aborder les causes structurelles qui font de la Guinée un terrain d’exploitation au profit d’intérêts étrangers ? Évoquer ces réalités aurait conféré au texte une dimension plus critique et plus acerbe.
Quant à l’appel au renouveau, il est d’une banalité affligeante. Le discours prône un leadership visionnaire, un mantra usé jusqu’à la corde par tous les prétendants au pouvoir. Mais qu’est-ce qu’un « leadership visionnaire » dans un pays où chaque tentative de renouveau se heurte à un système corrompu jusqu’à la moelle ? L’absence de propositions concrètes, de pistes d’actions tangibles, réduit cet appel à l’état de vœux pieux, laissant les lecteurs dans un flou éthéré. On attendait d’Elhadj Aziz Bah qu’il définisse ce que devrait être ce renouveau, qu’il incarne ce discours par des exemples pragmatiques ou qu’il ose dénoncer les personnalités qui incarnent les blocages actuels.
Finalement, l’auteur clôt son texte en promettant « d’importantes annonces ». C’est là un exercice de suspense convenu, une stratégie d’attente qui frise le populisme. Le peuple guinéen n’a plus besoin de promesses ou d’annonces. Il a besoin d’actions, de vérités courageuses, et d’un regard sans compromis sur les véritables raisons de notre retard. En ce sens, Elhadj Aziz Bah échoue à s’extirper des clichés du discours politique. Le « à bon entendeur, salut ! » de la fin, censé injecter une dose de défi, retombe comme une pirouette facile, creuse et sans audace.
En somme, ce papier, malgré ses envolées lyriques et sa bonne intention, se perd dans les méandres de l’auto-satisfaction et du lieu commun. Si Elhadj Aziz Bah souhaite réellement contribuer au débat national, il devra apprendre à se départir des slogans et s’armer d’une analyse plus rigoureuse, plus incisive, et surtout, plus audacieuse. La Guinée mérite mieux qu’un énième plaidoyer de surface.
Aboubacar FOFANA
(*) https://guinafnews.org/le-poids-du-mauvais-leadership-en-guinee-un-appel-a-leveil-et-au-changement/
