Élections en Ouganda : le parti de l’opposant Bobi Wine dénonce un raid policier sur son domicile
Le parti du principal opposant ougandais Bobi Wine a dénoncé un raid des forces de sécurité au domicile de son chef, qui serait coupé de toute communication, juste avant l’annonce, prévue samedi, des résultats de la présidentielle. Le porte-parole de l’armée a cependant réfuté les allégations selon lesquelles le candidat a été emmené à bord d’un hélicoptère.
Le chef de l’opposition ougandaise Bobi Wine a annoncé samedi 17 janvier avoir réussi à « échapper » à un raid de la police sur sa résidence la veille et avoir quitté les lieux, alors que l’annonce des résultats de l’élection présidentielle est imminente.
« Je tiens à confirmer que j’ai réussi à leur échapper. Actuellement, je ne suis pas chez moi, bien que ma femme et d’autres membres de ma famille soient toujours assignés à résidence », a-t-il indiqué dans un communiqué publié sur X. « Je sais que ces criminels me recherchent partout et je fais tout mon possible pour assurer ma sécurité », a-t-il ajouté.
De nombreux observateurs voient dans les élections organisées jeudi une formalité pour le président ougandais sortant Yoweri Museveni, ex-guérillero âgé de 81 ans dont 40 au pouvoir, qui vise un septième mandat consécutif en s’appuyant sur un contrôle total de l’appareil électoral et sécuritaire.
Son principal adversaire est l’ancien chanteur Bobi Wine, 43 ans, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, qui se surnomme le « président du ghetto », en référence aux quartiers défavorisés de Kampala où il a grandi.
Après le dépouillement des urnes de 93,6 % des bureaux de vote, le président sortant était crédité d’une avance confortable avec 71,88 % des suffrages, contre 24,46 % pour Bobi Wine, selon les derniers chiffres de la commission électorale. Les résultats définitifs de la présidentielle sont attendus vers 14 h (11 h GMT).
Un raid sur le domicile de Bobi Wine
Des informations contradictoires ont circulé concernant le sort de Bobi Wine, après les révélations selon lesquelles la police et l’armée ont mené un raid sur son domicile vendredi soir.
Un haut responsable du parti de Bobi Wine, la Plateforme d’unité nationale (NUP), a déclaré à l’AFP que des agents de sécurité en tenue noire avaient escaladé le mur de sa résidence vendredi soir et confisqué son téléphone.
Le fils de l’opposant, Solomon Kampala, actuellement hors d’Ouganda, a écrit sur X que son père « avait réussi à s’échapper » du raid. Ces affirmations n’ont pu être vérifiées par l’AFP.
L’AFP s’est vu refuser l’accès à la résidence de l’opposant tôt samedi matin et n’a pu joindre ni lui ni son entourage par téléphone.
La police a indiqué avoir instauré des points de contrôle dans les zones considérées comme sensibles en matière de sécurité. « Nous n’avons pas nécessairement interdit l’accès à (Bobi Wine) mais nous ne pouvons tolérer les cas où des personnes utilisent sa résidence pour se rassembler et (…) inciter à la violence », a déclaré à la presse le porte-parole de la police, Kituuma Rusoke.
Le parti de Bobi Wine avait affirmé vendredi soir sur X qu’un « hélicoptère de l’armée » avait atterri dans la résidence de l’opposant et l’avait emmené de force vers une « destination inconnue » après l’agression de ses gardes du corps. La publication a été supprimée samedi matin
Bobi Wine, qui s’est imposé ces dernières années comme le principal rival de Yoweri Museveni et a connu détention et torture lors des précédentes élections en 2021, avait indiqué vendredi avoir été assigné à résidence jeudi soir.

« Répression et intimidation »
Le vote s’est déroulé dans un climat « marqué par une répression et une intimidation généralisées », a pointé l’ONU. Avant les élections présidentielle et législatives, les autorités avaient coupé internet, qui n’était pas rétabli samedi.
Au moins 400 partisans de Bobi Wine ont été arrêtés durant sa campagne, selon l’ONG Amnesty international. L’opposant a pris l’habitude de porter un gilet pare-balles. Il a accusé sur X le gouvernement de « bourrage massif des urnes » et appelé la population à manifester en cas de fraude.
Le jour du scrutin a été marqué par d’importants problèmes techniques : les machines biométriques utilisées pour identifier les électeurs ont mal fonctionné, potentiellement en raison de la coupure d’internet, et les bulletins de vote n’ont pas été distribués pendant plusieurs heures dans de nombreuses régions.
L’autre grand chef de l’opposition, Kizza Besigye, candidat à quatre reprises contre Yoweri Museveni, a été enlevé en 2024 au Kenya pour être ramené en Ouganda, où il reste détenu pour des accusations de trahison.
Un député de la NUP, Muwanga Kivumbi, a affirmé à l’AFP que 10 partisans avaient été tués à l’intérieur de son domicile dans le district de Butambala (centre), fief de Bobi Wine, par l’armée dans la nuit de jeudi à vendredi.
Le secrétaire général de la NUP, Lewis Rubongoya, avait pour sa part indiqué à l’AFP que plus de 20 personnes sont mortes lors de l’incident, et 50 ont été blessées.
La police ougandaise a de son côté déclaré que sept personnes avaient été tuées dans la zone pour « avoir attaqué » le centre local de dépouillement des votes et les forces de sécurité.
« Les informations faisant état d’intimidations, d’arrestations et d’enlèvements de dirigeants de l’opposition, de candidats, de partisans, de médias et d’acteurs de la société civile par les forces de sécurité ont semé la peur et érodé la confiance du public dans le processus électoral », a réagi à la presse Goodluck Jonathan, représentant des observateurs de l’Union africaine, du Comesa (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) et de l’IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement), des blocs régionaux.
