En Afrique, le football, sport roi, même dans les budgets
Stades modernes, primes exceptionnelles, déplacements officiels : tout semble tourner autour du ballon rond. Mais derrière cette priorité assumée, d’autres disciplines olympiques peinent à exister, malgré des résultats parfois plus probants sur la scène internationale.
« Malheureusement, nos ministères des sports sont des ministères du football, avant d’être des ministères du sport », constate sans détour le consultant sportif international Malick Daho. Pour lui, ce déséquilibre structurel ne date pas d’hier et est profondément ancré dans les politiques publiques africaines.
Sur le continent, le football concentre la majeure partie des budgets étatiques, des investissements en infrastructures et de la communication institutionnelle. Chaque compétition majeure devient un enjeu diplomatique et politique.
A l’inverse, des disciplines olympiques comme l’athlétisme, le basketball, la natation, le volleyball ou encore le handball évoluent dans des conditions souvent précaires : infrastructures insuffisantes, faible médiatisation, absence de sponsoring structuré.
Et pourtant, ce sont régulièrement ces disciplines qui offrent au continent ses médailles olympiques et ses titres mondiaux.
Le football est « l’opium du peuple »
Un constat partagé par Abdoulaye Thiam, président de la section Afrique de l’Association internationale de la presse sportive, l’AIPS Afrique. Il rappelle un principe fondamental de politique sportive : « Un Etat doit faire en sorte que chaque sportif de son pays puisse pratiquer la discipline de son choix, c’est ça la norme. »
Derrière cette déclaration, une vision : celle d’un sport pensé comme un droit et non comme un simple levier de popularité.
Alors pourquoi un tel déséquilibre ? Est-il économiquement rationnel, compte tenu de la puissance commerciale du football ? Est-il politiquement stratégique, au regard de son impact populaire ? Ou traduit-il une vision réductrice du développement sportif ?
Abdoulaye Thiam reconnaît une évidence sociologique difficile à ignorer. Il explique que « dans les pays comme en Afrique, le football est l’opium du peuple ».
« Il y a ce qu’on appelle aussi l’équité sportive. On ne peut pas mettre le football dans le même panier que le basketball, l’athlétisme, le volleyball ou le handball. »
Des investissements dans d’autres disciplines
Le football mobilise les foules, fédère les nations et génère des retombées économiques importantes. Il est aussi un outil de cohésion sociale et parfois de stabilité politique.
Mais certains pays ont choisi une autre voie, en investissant prioritairement là où leur potentiel est historiquement le plus fort.
« Si vous prenez le cas du Kenya, la première discipline qui bénéficie de l’investissement de l’Etat central, ce n’est pas le football… ils mettent énormément d’argent sur l’athlétisme », fait remarquer Abdoulaye Thiam.
Le résultat est visible : des performances majeures aux Jeux olympiques et aux championnats du monde, une identité sportive clairement affirmée et un modèle reconnu à l’international.
Pour Malick Daho, le déséquilibre peut parfois virer à l’incohérence stratégique : « Il y a des pays même où ces sports-là rapportent plus de lauriers que le football. Mais c’est le football qui continuera de prendre tout le budget. »
Derrière cette critique se pose la question de l’efficacité de la dépense publique et de la diversification du modèle sportif africain.
Alors faut-il repenser la gouvernance du sport sur le continent ?
Malick Daho avance une piste institutionnelle : « Il faudrait peut-être qu’on y pense. Un ministère des Sports et puis peut-être un secrétariat d’Etat dédié aux sports mineurs. Quelque chose comme ça. »
Investir prioritairement là où l’on gagne ? Ou garantir un équilibre réel entre toutes les disciplines pour construire une véritable culture sportive plurielle ? Le débat est ouvert.
Noël Tadégnon Correspondant au Togo pour le programme francophone de la Deutsche Welle

