Contre La sansure

En Afrique, l’opposition souvent absente des élections

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Pour diverses raisons, dans plusieurs pays africains, les partis d’opposition se trouvent dans l’impossibilité de participer à des élections.

Pour des raisons souvent similaires, les partis d’opposition n’arrivent pas à compter lors des élections générales organisées dans leurs pays respectifs, de leurs propres chefs ou pour des raisons liées à la volonté des pouvoirs en place de les y inclure pour s’assurer une « victoire à la Pyrrhus ».

On peut cite​r l’exemple récent de la Côte d’Ivoire. Le président sortant, Alassane Ouattara, âgé de 83 ans et au pouvoir depuis 2011 a été réélu à l’issue de la présidentielle du 25 octobre 2025 pour un quatrième mandat avec 89,77 % des voix, selon des résultats provisoires de la Commission électorale indépendante. L’ancien président Laurent Gbagbo du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPACI) et Tidjane Thiam, le leader du principal parti d’opposition, le Parti démocratique de ​Côte d’Ivoire  (PDCI) ont été écarté du scrutin. Et les résultats de cette élection sont contestés par ces opposants.

Laurent Gbagbo en train de faire un discours.
L’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo n’a pas été autorisé à être candidat à la présidentielle de 2025.Image : SIA KAMBOU/AFP

Autre victoire contestée, c’est celle du président Camerounais, Paul Biya, agé de 92 ans, dont 43 passés à la tête de son pays. Sans surprise, il a été réélu pour un huitième mandat de sept ans​ lors de la présidentielle du 12 octobre 2025. ​Selon le Conseil constitutionnel​, il a recueilli​ 53,66 % des suffrages​. Le candidat Issa Tchiroma ​Bakary arrive deuxième avec 35,19 % des voix.​ Celui-ci conteste et revendique sa victoire.

Au Bénin, le duo de candidats désigné pour porter les couleurs du parti Les Démocrates, le principal parti d’opposition ne participera pas à l’élection présidentielle du 12 avril 2026. En cause, l’invalidation de la candidature de l’avocat Renaud Agbodjo et Jude Lodjou, candidat au poste de vice-président de la République.

Boycott

Si dans certains pays, des leaders de partis de l’opposition font face à de nombreux obstacles en se présentant aux élections, d’autres ne font pas confiance au système et au processus électoral, certains partis d’opposition optent pour le boycott. On peut notamment citer le Tchad, ou le parti Les Transformateurs de l’ancien Premier ministre Succès Masra, après avoir participé à la présidentielle de mai 2024 a décidé de boycotter les élections générales, les privant ainsi d’élus.

L'opposant Succès Masra durant un meeting
L’opposant Succès Masra a boycotté les élections générales de fin 2024 au Tchad.Image : Joris Bolomey/AFP
Au Togo, également, plusieurs formations politiques optent pour le boycott. Ce fut le cas en février 2025, lors des élections sénatoriales boycottées  par  l’Alliance nationale pour le changement (ANC), les Forces démocratiques pour la République (FDR) ou encore la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP). Ils ont dénoncé un maintien déguisé de Faure Gnassingbé au pouvoir, avec la nouvelle Constitution.

En Centrafrique, l’opposition a décidé de boycotter les élections générales du 28 décembre, accusant le pouvoir de verrouiller le processus électoral. En Tanzanie, le chef de l’opposition Tundu Lissu avait appelé à des réformes électorales : il a été emprisonné pour trahison et attend son procès derrière les barreaux.

Crise de gouvernance

Ces dernières années, la démocratie a décliné sur tous les continents, de l’Asie à l’Afrique en passant par les Amériques, les régimes autoritaires rivalisant d’imagination pour bloquer leurs principaux opposants.

D’après Héritier Brilland Ndakpanga, du Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG qui oeuvre à la prévention et à la résolution des conflits armés dans le monde, « sur le continent africain, la tendance est frappante, révélant une « crise de la gouvernance démocratique ».

Pourtant, 2024 avait été une année faste pour la démocratie africaine, avec des alternances pacifiques au Ghana, au Botswana, à Maurice et au Sénégal.

Mais ces pays ont toujours compté parmi les plus démocratiques du continent. Et les résultats peuvent justement avoir encouragé d’autres gouvernements à ne prendre aucun risque dans les urnes. Avec des commissions électorales censées être indépendantes, qui sont souvent utilisées pour disqualifier les opposants les plus menaçants, affirment plusieurs analystes interrogés par l’Agence France presse.

Stéphane Akoa, politologue camer​ounais et chercheur à la​ Fondation Paul Ango Ela (FPAE) de géopolitique en Afrique centrale estime que l’organisation des élections est « entre les mains non seulement du gouvernement… mais de ses parties les plus intransigeantes ». Le chercheur déplore aussi une « perversion du système ».

Contestation des jeunes

Face aux échecs des acteurs politiques, en l’occurrence ceux au pouvoir, des jeunes générations exigent une meilleure gouvernance et des emplois, comme dernièrement à Madagascar.

Malheureusement, ces mouvements de contestation sont violemment réprimés : Kenya, Madagascar, Cameroun et un peu partout sur le continent.

Manifestations des jeunes à Antananarivo mi-octobre 2025
Les manifestations de la Gen Z à Antananarivo ont poussé à un changement de régime. Image : Luis Tato/AFP/Getty Images

 

« Les gens deviennent plus difficiles à contrôler et créent des mouvements d’opposition plus efficaces. Et les gouvernements répondent avec le mécanisme qu’ils ont utilisé dans le passé, à savoir la répression », soutient Nic Cheeseman, expert des élections africaines à l’université britannique de Birmingham.

En Tanzanie, les élections présidentielle et législatives ont dégénéré mercredi en violences, plongeant ce pays d’Afrique de l’Est dans le chaos.

Des centaines de personnes ont manifesté leur colère dans la rue après que les deux principaux rivaux de la présidente Samia Suluhu Hassan ont été soit emprisonné, soit empêché de se présenter.
Dans le même temps, il y a de moins en moins de pression de l’extérieur, de nouveaux partenaires internationaux moins regardants sur les valeurs démocratiques ayant émergé en Afrique, notamment la Chine, la Russie, la Turquie et les Emirats arabes unis.

 « Compétition géopolitique » 

 « Les gouvernements africains ont des alternatives en 2025« , selon Mandipa Ndlovu, chercheur au Centre d’études africaines de l’université de Leyde, aux Pays-Bas.

Il explique que « la compétition géopolitique érode l’état de droit. La démocratie n’est pas une condition préalable pour travailler avec la Chine ou la Russie ».

Quant aux Etats-Unis, l’administration du président Donald Trump a adopté une approche plus transactionnelle de la diplomatie, demandant à ses ambassades de modérer leurs critiques des élections.

Donald Trump et Vladimir Poutine
Donald Trump et Vladimir Poutine. Image : ZED

 

« Vous n’obtiendrez aucun retour de la part des Etats-Unis, qui ont historiquement été parmi les plus virulents en matière d’élections », a déclaré Nic Cheeseman, ajoutant que les coupes dans l’aide étrangère américaine ont également supprimé le soutien aux groupes pro-démocratie.

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