Contre La sansure

En Guinée, quand le pouvoir salit tout ce qu’il touche

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Partout où s’installent les régimes autoritaires, le même scénario se rejoue. Ceux qui confisquent le pouvoir finissent par ne plus voir des citoyens, mais une foule à maîtriser. Les consciences deviennent des terrains de conquête. Les voix libres, des menaces à neutraliser. Et tout ce qui peut influencer l’opinion est récupéré, vidé de son sens, transformé en outil. Même la religion.

Elle ne sert plus de boussole morale pour rappeler aux dirigeants leurs devoirs — justice, humilité, responsabilité. Elle est reléguée au rang d’accessoire politique. On ne s’en approche pas pour s’élever, mais pour l’exploiter. On ne l’écoute pas pour se corriger, mais pour la faire taire lorsqu’elle dérange.

Sous le régime de Mamadi Doumbouya, cette mécanique est à l’œuvre. On invite des leaders religieux au palais. On organise des scènes bien calculées. On enrobe le discours de formules pieuses. Non pas pour se soumettre aux exigences de la foi — vérité, dignité humaine, équité — mais pour contrôler le message. Pour désamorcer les sermons qui dérangent. Pour transformer la spiritualité en anesthésiant politique.

Quand on demande aux imams de prêcher la “paix” en évitant soigneusement la justice, quand on invoque Dieu pour justifier le silence face aux arrestations arbitraires, aux disparitions ou à la confiscation du pouvoir, alors la foi est trahie.

Le Coran, pourtant, est sans ambiguïté. Il ordonne au Messager de rester pur, de garder ses vêtements propres. Autrement dit : ne pas se compromettre. Ne pas se salir dans des arrangements obscurs. Ne pas laisser sa parole être achetée par des privilèges, des avantages ou une protection illusoire.

Dans la Guinée d’aujourd’hui, ces mots prennent une résonance particulière.

Lorsqu’un intellectuel, un religieux, un politicien ou un acteur de la société civile accepte un poste, une enveloppe ou un micro en échange de son silence face à la répression, il ne conclut pas seulement un accord politique. Il se renie. Il abandonne sa mission morale. Quand la foi bénit un pouvoir sans légitimité, elle cesse d’éclairer. Elle devient un décor.

Ces compromissions ne se présentent jamais sous le nom de corruption. Elles se parent de mots rassurants : “stabilité”, “intérêt national”, “transition”, “éviter le chaos”. Mais leur résultat est toujours le même : faire taire la vérité.

Le Messager d’Allah a reçu ces mêmes offres : richesse, pouvoir, sécurité, reconnaissance. Il les a toutes refusées. Parce qu’un message qui pactise avec l’injustice perd son âme. Parce que la vérité ne survit pas aux compromis honteux.

Garder ses vêtements propres, dans le contexte guinéen, c’est refuser de se vendre. C’est préserver une clarté morale au milieu du brouillard organisé. C’est une parole libre, qui ne dépend ni des faveurs du CNRD ni des humeurs du palais.

C’est un religieux qui rappelle que le pouvoir doit rendre des comptes, même au prix de sa sécurité.
C’est un citoyen qui refuse de céder à la peur.
C’est un intellectuel qui choisit l’exil plutôt que la compromission.

Voilà ce que signifie garder ses vêtements propres.

Parce qu’en Guinée comme ailleurs, la vérité peut être combattue, retardée, étouffée…
mais elle ne doit jamais, jamais être vendue.

Qu’Allah nous préserve de la compromission et nous maintienne du côté de la vérité. Aamiine

Abdoul Karim Diallo
« La foi ne se negocie pas, la verité ne se vend pas. »

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