Contre La sansure

En Guinée, une inquiétante menace terroriste

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L’arrestation, en Guinée, de onze individus de nationalités différentes, soupçonnés d’appartenir à des organisations terroristes, continue de susciter des réactions dans le pays.

Selon un communiqué du parquet général de Conakry publié le 21 mars 2026, plusieurs arrestations ont été menées dans les localités de Siguiri, Mandiana et Kankan, en Haute-Guinée.

Ces interpellations, qui remontent au mois d’avril 2025, s’inscrivent dans un contexte de vigilance accrue dans cette région aurifère proche de la frontière malienne.

Une région sous tension

Dans cette zone stratégique de Haute-Guinée, riche en ressources minières, la crainte d’une infiltration terroriste ne cesse de croître. Cette situation alimente l’inquiétude des populations locales ainsi que celle des leaders religieux, qui appellent unanimement à un renforcement des mesures de sécurité et à une vigilance collective.

À Kankan, située également à proximité du Mali, l’annonce de ces arrestations a suscité une vive réaction. Sékou Aïcha Cissé, activiste de la société civile, souligne la gravité de la situation et insiste sur la nécessité d’une prise de conscience générale.

« C’est avec un sentiment de tristesse que j’ai accueilli cette nouvelle portant sur l’arrestation de plus de dix personnes au niveau de la région administrative de Kankan ».

Pour elle, « les faits qui leur sont reprochés sont très graves. C’est par rapport à cette situation de terrorisme au niveau de la sous-région. Je pense vraiment que nous devons créer de la vigilance au niveau de la région de Kankan, afin que ces hors-la-loi ne puissent pas s’introduire dans les différentes familles, voire les différentes localités de la région de Kankan ».

Mobilisation des leaders religieux

Les autorités religieuses se sont également exprimées face à cette situation préoccupante. Djiba Sidibé, coordinateur régional des associations islamiques pour la paix, tient à dissocier clairement le terrorisme de l’islam et appelle à des actions rigoureuses de la part des autorités.

« On veut voir clair dans cette affaire. Nous demandons aux autorités, à tous les niveaux, d’interpeller toute personne, quel que soit son rang religieux ou son statut administratif. Si son nom est cité, qu’il soit interpellé et qu’on lui demande de donner des explications », a-t-il expliqué.

Cet appel met en lumière la volonté des leaders religieux de participer activement à la lutte contre toute forme d’extrémisme, tout en prônant la transparence et la justice.

Une menace régionale

Pour les analystes, la menace terroriste en Guinée est bien réelle et s’inscrit dans une dynamique régionale. Aliou Barry, directeur du Centre d’analyses et d’études stratégiques, évoque une pression croissante aux frontières, notamment avec le Mali et le Sénégal.

Au Sahel, les civils pris entre plusieurs feux

Selon lui, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) chercherait à étendre son influence vers les pays côtiers : « Cette menace terroriste en Guinée se manifeste principalement par une pression croissante, notamment aux frontières avec le Mali et le Sénégal, où le groupe Jnim […] cherche à s’étendre ».

Aliou Barry ajoute que « cette menace prend la forme d’une infiltration silencieuse, comme dit le parquet, d’une cellule dormante, dont l’objectif est, dans un premier temps, le contrôle des zones d’orpaillage artisanales qui leur permettra d’avoir un financement et surtout, d’avoir un recrutement au niveau des jeunes marginalisés dans cette région aurifère, comme Siguiri et Mandiana ».

Face à ce défi, les autorités guinéennes ont adopté une stratégie combinant répression judiciaire et sécurisation des zones d’orpaillage, afin de limiter les sources de financement des groupes terroristes.

Des réponses encore insuffisantes

Des mesures de contrôle aux frontières et de lutte contre le blanchiment d’argent ont également été renforcées. Cependant, pour Aliou Barry, ces actions restent insuffisantes sans un engagement plus profond de l’État.

« Il faut absolument qu’il y ait une justice équitable, des services sociaux de base et une présence étatique pour que le citoyen sente la présence de l’État. Aussi, je pense qu’une des solutions durables serait que l’exploitation des ressources bénéficie d’un partage équitable », estime Aliou Barry.

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