«Enlèvement» d’une opposante en Guinée: le général avait-il besoin de ce coup de pub?
«La Direction nationale de l’UFDG informe l’opinion nationale et la communauté internationale de l’enlèvement, à son domicile à Conakry, de Madame Néné Oussou Diallo, membre du Bureau exécutif national de l’UFDG, ce vendredi 9 janvier 2026, aux environs de 9 heures du matin.»
La déclaration de l’Union des forces démocratiques de Guinée jette assurément la stupeur sur une Guinée qui vient de fermer, par le biais d’une élection présidentielle, certes très fermée, la parenthèse d’une transition élastique de quatre ans. L’opposition et la société civile n’ont pas cessé de dénoncer et de condamner ces cas de disparition qui se sont multipliés, après l’euphorie passagère suscitée par le coup d’Etat, en 2021, du général Mamadi Doumbouya, colonel au moment des faits.
Et c’est en toute logique que l’UFDG fait ce triste rappel: «Sous le régime du CNRD, Madame Néné Oussou Diallo n’est malheureusement pas la première victime de cette pratique. Avant elle, Foniké Menguè et Billo Bah ont disparu en juillet 2023, Saadou Nimaga en octobre 2024, Marouane Camara en décembre 2024, Mamadou Bory Barry, dit «Mabory» et El Hadj Adama Keita, père du journaliste Babila Keita, en septembre 2025 ainsi que les enfants d’Elie Kamano, en novembre 2025.» La liste soulève, du reste, une inquiétude légitime, au niveau du parti de Cellou Dalein Diallo: «Aujourd’hui, personne ne sait si ces citoyens sont vivants, ni où ils sont détenus, le cas échéant.» Le pouvoir a donc intérêt à donner des nouvelles de ces disparus. Car, même si par hasard, ils ne sont pas auteurs de ces actes, les dirigeants ont la responsabilité d’assurer la paix, le mieux-être et la sécurité à tous les Guinéens.
Mais après une élection présidentielle qu’il a remportée sans bavure, certes en l’absence des ténors de l’opposition, en l’occurrence, Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé et Sidya Touré qui auraient pu étouffer ses ambitions, Mamadi Doumbouya avait-il besoin de cette mauvaise pub de «disparition forcée»? Non! A moins que ça soit un moyen de dissuasion pour quiconque voudrait voir un régime ramolli par l’élection.

En tout cas, même s’il n’est pas directement lié à ces «disparitions forcées», le pouvoir de Mamadi Doumbounya, le général qui s’était interdit toute participation à une élection en tant que candidat, vient d’ajouter de l’eau, en grande quantité, au moulin de ses détracteurs qui ont vu en ce processus électoral, une suite de la transition, toutes ses mauvaises pratiques avec. Le pouvoir du Comité national de rassemblement pour le développement (CNRD) pouvait bien se passer de ce nouvel épisode «disparition forcée de dame Néné Oussou Diallo» du trop long feuilleton des enlèvements en Guinée. Quel signal envoie le nouveau pouvoir civil du général Mamadi Doumbouya à l’opinion nationale et à la communauté internationale? Question à un plat de konkouè, le délicieux plat de poisson spécialité culinaire de la Guinée!
Si tant est que l’élection présidentielle est sensée ouvrir une nouvelle ère de gouvernance en Guinée, il importe que tous les citoyens, même ceux éloignés du pays parce qu’ils dérangent les plans du général, retrouvent leurs droits, afin que la forte soif de justice sociale soit étanchée dans un pays qui vient de loin, et dont le peuple aspire à la cohésion nationale et surtout au développement.
Par Wakat Séra

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