Et si Mamady Doumbouya était candidat : Hypothèse d’avenir ou hérésie démocratique ?
Guinée, 8 août (Infosbruts.com) – Et si le Général Mamady Doumbouya se présentait à la prochaine présidentielle en Guinée ? Pour certains, ce serait un scandale, une trahison, un déni de démocratie. Pour d’autres, ce ne serait qu’une suite logique, presque naturelle, de son rôle de chef de la transition. Entre cris d’orfraie, rappels moraux et inquiétudes légitimes, le débat s’installe. Il mérite mieux que des réactions épidermiques. Car une candidature de Doumbouya ne serait pas forcément une dérive. Elle pourrait même, si elle respecte des règles strictes, relever d’un choix démocratique parfaitement assumable.

La tentation du militaire-candidat : une exception ? Pas vraiment.
L’histoire politique mondiale regorge de figures militaires devenues présidents élus. Charles de Gaulle, en France, est rappelé en 1958 dans un contexte de quasi-effondrement de l’État. Il fonde la Cinquième République, se fait légitimer par référendum, puis est élu au suffrage universel. Jerry Rawlings, au Ghana, arrive au pouvoir par un putsch. Il organise une refonte institutionnelle, fonde un parti, et se fait élire démocratiquement à deux reprises. Même trajectoire au Brésil avec Getúlio Vargas, ou en Égypte avec Anouar el-Sadate après Nasser. Partout, des officiers supérieurs ont su se muer en hommes d’État.
Faut-il les condamner d’avance parce qu’ils ont porté l’uniforme ? Ou juger leur action à l’aune de ce qu’ils proposent, de ce qu’ils construisent, et de ce que le peuple décide ? La démocratie, ce n’est pas un club fermé. C’est l’ouverture du jeu, à tous ceux qui respectent ses règles.
Doumbouya, une transition pas si banale
Ce que Mamady Doumbouya a incarné, à son arrivée en 2021, n’était pas une prise de pouvoir classique. Le contexte était explosif : une réforme constitutionnelle décriée, des institutions perverties, une fatigue démocratique généralisée. Ce coup d’État, on peut le condamner dans son principe, mais il a été accueilli comme une respiration. L’homme n’a pas promis la lune. Il a promis un sursaut.
Depuis, il a réorganisé l’armée, engagé des audits, mis à plat des systèmes grippés. Il a bousculé des baronnies. Il a aussi suscité des craintes, parfois fondées, de verticalité excessive. Mais une chose est sûre : il a imposé une autorité là où régnait la confusion. Le pouvoir est redevenu lisible, même s’il est discuté. Et dans une Guinée minée par l’ethnisation du politique, sa posture a tranché.
Faut-il désormais l’écarter d’un possible scrutin sous prétexte qu’il est arrivé par la force ? Cela revient à nier au peuple sa capacité de trancher. Et à réduire la démocratie à une morale unilatérale.
Candidature interdite ou encadrée ? Il faut choisir.
Dans certains pays africains, les textes de transition interdisent expressément aux dirigeants de transition de se présenter. Cela part d’une intention louable : éviter qu’ils ne biaisent le processus. Mais dans la pratique, ces clauses sont souvent contournées, ou nourrissent une hypocrisie. Le chef de la transition se retire formellement… pour placer un pion. Ou s’éternise faute d’alternative.
Autoriser une candidature, avec des garde-fous clairs : démission de l’armée, respect du calendrier, égalité d’accès aux médias, audits externes, peut être plus sain que l’interdiction pure et simple. Cela remet le choix là où il doit être : dans les mains des citoyens. Si Doumbouya veut être candidat, qu’il le dise, qu’il se confronte au suffrage, qu’il accepte le débat. Là est la vraie épreuve démocratique. Pas dans la disqualification morale.
Et si le peuple disait oui ?
En Guinée, comme ailleurs, les partis politiques traditionnels sont affaiblis, usés, souvent déconnectés. Les populations aspirent à de nouveaux visages, à une autorité stable mais juste. Doumbouya, qu’on l’aime ou non, incarne aujourd’hui une rupture. Cela ne garantit rien. Ni compétence politique, ni vision à long terme. Mais cela légitime au moins sa place dans le débat.
Exclure sa candidature d’office, c’est une forme d’aveu : celui que sa popularité inquiète. Or, une démocratie n’a pas peur de ses candidats. Elle les affronte dans les urnes. Le reste n’est que crainte d’un verdict populaire qu’on ne contrôle plus.
L’heure des choix clairs
Il ne s’agit pas de faire la campagne de Mamady Doumbouya à sa place. Ni de blanchir les angles morts de la transition. Il s’agit de poser une question simple : qui a le droit d’être candidat dans une République ? La réponse ne peut pas être écrite à l’encre de l’émotion ou du ressentiment. Elle doit l’être à celle du droit, de la logique démocratique, et de la maturité politique.
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