Et sonne le glas du silence des coffres !
Il est des journées qui ne se contentent pas d’effeuiller le calendrier, mais qui s’inscrivent en lettres de feu dans l’histoire d’une institution par la densité des mots que l’on y prononce.
Ce jeudi 9 avril 2026 est précisément de cette trempe, alors que le fracas du marteau de la justice a rencontré la force d’un verbe sans concession pour sonner la levée de boucliers contre la prévarication. Que vous ayez suivi cet instant solennel en présentiel, à travers la lucarne joyeuse du téléviseur ou sur le tumulte des réseaux sociaux, une certitude demeure en ce que cette prise de fonction de Charles Wright à la CRIEF fait date. Tout en balisant le chemin d’un retour tonitruant pour l’ancien ministre.
Au-delà des clivages que suscitent son tempérament ou les zones d’ombre de son magistère passé, ce retour aux affaires sonne le glas d’une certaine désinvolture budgétaire car, si récréation il y a eu, le rideau tombe désormais.
Ainsi, cette nomination agit comme un rappel à l’ordre sans pitié, par lequel le nouveau procureur active une machine à remonter le temps en fixant le cap sur un audit monumental de la commande publique. Si la période visée est vaste, l’ambition, elle, est sans équivoque et portée par une volonté qui semble de granit. Comme s’il était soucieux d’asseoir sa crédibilité sur ce terrain miné, Wright a choisi l’élégance de l’exemple en offrant en gage, avant même de revêtir sa robe de Procureur spécial, la déclaration publique de ses propres biens.
Certes, l’infaillibilité n’est pas de ce monde et Charles Wright, en homme pétri d’imperfections, n’est sans doute pas exempt de tout soupçon dans un système aux rouages complexes. Toutefois, ce geste de transparence constitue, aux yeux d’une opinion publique assoiffée d’équité, une circonstance atténuante majeure. Par cette soumission personnelle à la rigueur qu’il compte exiger d’autrui, il place la barre de l’éthique au faîte de l’institution.
C’est ici que bat le cœur de la rigueur républicaine, rappelant que si la justice peut accompagner l’effort d’un homme d’État ou d’un régime, elle ne saurait en aucun cas devenir leur complice. Dès lors que le serviteur dérape, la loi doit impérativement le ramener à la raison, car nul n’habite au-dessus de la norme commune. Même lui, Charles Wright, désormais empereur des poursuites, demeure un sujet de cette règle d’acier.
Par cette fermeté, Charles Wright rappelle que les deniers publics ne sont pas un héritage familial, mais le suc vital de la nation dont chaque goutte exige désormais justification. À juste titre, Jean Jaurès enseignait que « le premier des droits de l’homme est la vérité ». Cette vérité, Charles Wright semble avoir juré de l’arracher aux coffres-forts du silence. Pour la Ve République, c’est un gage de survie et, pour le citoyen, l’aube d’une dignité enfin retrouvée. Mais attendons de juger Wright aux actes.
Par Alpha Abdoulaye Diallo in Le Populaire du 13 avril 2026

