FALOU DOUMBOUYA : LE PROCUREUR-MIROIR D’UN ÉTAT VOYOU
Dites-moi, au juste : Le procureur général de Conakry est-il encore vivant ? Ou bien n’est-il qu’une silhouette qu’on ressuscite ponctuellement pour lire un communiqué rédigé ailleurs, par d’autres, pour d’autres ?
À chaque enlèvement, à chaque disparition forcée, à chaque crime d’État, Monsieur Falou Doumbouya est silencieux. Mais dès que les victimes s’attaquent au pouvoir, il se réveille soudain d’un long coma judiciaire, non pas pour enquêter, non pas pour défendre les victimes, mais pour menacer ceux qui parlent, ceux qui dénoncent, ceux qui osent nommer les auteurs.
Ce n’est pas de la justice, ce n’est pas même une imposture, c’est une servitude.
I. Un procureur qui dort quand la République souffre, et s’éveille pour protéger les bourreaux
Falou Doumbouya, où étiez-vous lorsque Foniké Menguè et Billo Bah ont été sauvagement kidnappés à la Minière ? Quel acte avez-vous posé ? Avez-vous seulement auditionné Mohamed Cissé, le rescapé qui a raconté les tortures infligées par les ravisseurs ? Rien. Silence et désertion.
Quand Claude Pivi s’est évadé, pourquoi votre parquet est-il resté muet lorsque ce sont sa femme et ses enfants qui ont été enlevés, torturés, traumatisés, dont deux toujours portés disparus ?
Quand le Général Sadiba Koulibaly a été attaqué à son domicile en présence de Balla Samoura, puis exécuté au lendemain d’une condamnation sommaire, étiez-vous en congé de conscience ou anesthésié par la peur ?
Quand la veuve du colonel Célestin fut convoquée à la morgue pour identifier le cadavre de son mari, qu’avez-vous fait ensuite ? La famille demande sa dépouille depuis plus d’un an. Votre parquet a-t-il au moins ouvert une enquête ? Ou bien avez-vous, une fois encore, fermé les yeux pour ne pas voir l’inadmissible ?
II. Une justice couchée : les victimes enterrées, les bourreaux protégés
Pouvez-vous vous présenter devant les enfants de Saadou Nimaga ou de Habib Marouane et leur dire que la loi les protège ? De l’enlèvement d’Abdoul Sacko à celui de Maître Mohamed Traoré, de Djelyman Kouyaté à Ousmane Gneloy, jusqu’au père de Babila KEÏTA, vieillard arraché à sa maison comme un malfaiteur…
Quelle pierre votre parquet a-t-il déplacée ? Quelle enquête avez-vous engagée ? Quel ravisseur avez-vous recherché ? Quel responsable avez-vous inquiété ? Aucun. Personne. Jamais.
Votre institution n’est plus un parquet, c’est un cimetière administratif où les dossiers sensibles sont enterrés avant même d’être ouverts.
III. Monsieur le Procureur : vous demandez des preuves ? Voici les vraies questions.
Vous exigez des citoyens qu’ils apportent des preuves des enlèvements ? Très bien.
Alors répondez : Pourquoi les kidnappings ne visent-ils que : des opposants politiques, des activistes, des journalistes, des citoyens indignés et leurs familles ?
Pourquoi jamais un proche du pouvoir, jamais un général, jamais un membre du CNRD, jamais un oligarque n’a-t-il été “enlevé” dans ce pays où tout le monde sait qui commande ? Et ces V8 sans plaques : qui les autorise à circuler librement dans une capitale militarisée ? Qui leur garantit le passage sans contrôle ? Qui leur offre l’impunité ?
On ne pose ces questions qu’à une seule condition : refuser de voir que les ravisseurs bénéficient d’une protection d’État. Ce n’est plus du crime. C’est une méthode de gouvernance. Un terrorisme d’Etat.
IV. Jamais, dans toute notre histoire, la disparition forcée n’avait été la doctrine officielle
Ni la colonisation, ni la Révolution, ni aucune période sombre de notre histoire, n’a produit ce que nous vivons aujourd’hui : des enlèvements en série, assumés par personne ; des disparitions forcées, normalisées ; des citoyens effacés de la carte, comme des déchets politiques ; une justice qui applaudit, qui se tait, ou qui accuse les victimes.
Pendant ce temps, on ose prononcer “État de droit”, “justice”, “démocratie”. À qui pensez-vous faire croire cette mascarade ? Aux orphelins qui attendent ? Aux familles qui pleurent ? Aux citoyens qui se terrent ?
Nous vivons sous un ciel de mensonge et de violence institutionnalisée.
V. Monsieur le Procureur : si vous n’avez pas honte de cette situation, au moins taisez-vous
Votre fonction exige du courage, votre institution exige de la droiture, votre serment exige de la dignité. Vous n’avez honoré aucune de ces exigences. Alors faites au moins ceci : taisez-vous.
Épargnez-nous les menaces, laissez les citoyens exprimer leur colère légitime, laissez les victimes parler en leur nom, laissez l’Histoire faire son travail.
Car sachez-le, votre dernier communiqué sera une pièce à conviction contre vous.
Il démontrera votre fatigue morale, votre complicité politique, et votre rôle actif dans la construction d’un État de non-droit, d’enlèvements et de disparitions forcées.
VI. Le jugement viendra de la République, du peuple, et de l’Histoire
Non, Monsieur le Procureur, vous ne parlerez pas éternellement au nom de la loi.
Parce que la loi que vous déviez finira par vous revenir. Parce que les victimes que vous ignorez finiront par témoigner. Parce que les disparus que vous effacez finiront par vous condamner. Vous n’êtes pas le gardien de la justice, vous êtes le miroir d’un régime qui n’a plus de boussole morale. Et ce miroir, tôt ou tard, se brisera.
Peuple de Guinée : la patience n’est pas une faiblesse, c’est une arme
Ne vous pressez pas. Chaque régime de terreur, chaque système de mensonge, chaque procureur servile finit par tomber. La justice a le rythme de Dieu : lent, mais inéluctable. Un jour, proche ou lointain, les noms seront cités, les responsabilités établies, les comptes rendus. Et dans ce livre-là, Falou Doumbouya n’aura pas sa place parmi les justes. Inch’Allah.
