FDSI : 16 mois de salaires impayés, une direction sous le feu des accusations
Refus de paiement d’arriérés de salaires, licenciements jugés abusifs, soupçons de gestion opaque et abandon de la mission sociale : au Fonds de Développement Social et de l’Indigence (FDSI), la gouvernance de Lansana Diawara fait l’objet de graves dénonciations internes. Enquête sur une institution publique dont le fonctionnement interroge.
Nommé directeur général du Fonds de Développement Social et de l’Indigence il y a environ quatre ans, Lansana Diawara a hérité d’un dossier sensible : le paiement de seize mois d’arriérés de salaires dus à plusieurs agents. Selon des témoignages concordants recueillis par notre rédaction, ces arriérés n’auraient jamais été réglés. Pire, le directeur général aurait exprimé un refus clair de procéder à ces paiements, laissant de nombreux employés privés de leur dû.
Les agents ayant réclamé le versement de ces salaires affirment avoir été licenciés sans procédure transparente, sans indemnités et sans accompagnement financier. Des juristes consultés estiment que ces pratiques pourraient s’apparenter à des licenciements abusifs, en violation des principes fondamentaux du droit du travail applicable aux établissements publics.
Dans le même temps, certains cadres auraient, eux, perçu l’intégralité des seize mois d’arriérés. Il s’agirait notamment d’agents ayant par la suite bénéficié de promotions au sein du ministère en charge de l’Action sociale, de la Promotion féminine et des Personnes vulnérables, parmi lesquels figureraient l’actuel secrétaire général du ministère ainsi que l’ancienne cheffe de cabinet. Cette différence de traitement alimente de sérieux soupçons de favoritisme et d’inégalités dans la gestion des ressources humaines.
Des sources internes avancent également que les montants correspondant aux salaires non versés auraient été réaffectés sans justification administrative claire. Certaines évoquent même une utilisation à des fins personnelles par le directeur général, des accusations graves qui, à ce stade, n’ont fait l’objet d’aucun audit public ni de démenti officiel. L’opacité entourant la gestion financière du FDSI est d’autant plus préoccupante que l’institution fonctionnerait sans cadre juridique précis, en l’absence de textes définissant clairement ses structures, ses missions et ses mécanismes de contrôle.
Plusieurs témoignages font état de recrutements opérés en dehors de toute procédure formalisée, sans critères professionnels établis, en contradiction avec les normes de gestion administrative de l’État. Cette situation renforcerait l’idée d’un fonctionnement largement discrétionnaire, dépendant de la seule volonté de la direction générale.
Créé pour venir en aide aux indigents et soutenir les petits projets générateurs de revenus des populations extrêmement pauvres, le FDSI semble aujourd’hui éloigné de sa vocation initiale. Depuis la prise de fonction de Lansana Diawara, aucun financement significatif n’aurait été accordé à des groupes de femmes ou à des communautés démunies, selon les acteurs du secteur social interrogés. Les dispositifs de prise en charge sanitaire sont eux aussi vivement critiqués. En pratique, tout dossier médical dépassant dix millions de francs guinéens serait écarté, rendant ces mesures largement inefficaces pour les cas les plus graves.
Chaque année, l’État consacre environ trente-quatre milliards de francs guinéens au FDSI. Pourtant, l’absence de résultats visibles sur le terrain et le manque de rapports publics détaillés sur l’exécution budgétaire posent une question centrale : comment ces fonds publics sont-ils réellement utilisés ? À ce jour, aucun document accessible au public ne permet d’évaluer de manière transparente l’impact social de ces ressources.
Au sein du Fonds, le climat de travail est décrit par plusieurs agents comme humiliant et anxiogène. Ils dénoncent des violations répétées du droit du travail, une précarisation croissante et une gestion perçue comme punitive, incompatible avec les valeurs d’un service public à vocation sociale.
Face à la gravité des faits rapportés, de nombreux observateurs estiment qu’un audit indépendant et une enquête administrative approfondie s’imposent afin de faire la lumière sur la gestion du FDSI et de situer les responsabilités. À l’heure où ces lignes sont écrites, la direction du Fonds n’a pas apporté de réponse officielle aux accusations portées contre elle.
Par Azözöye Bangoura

Source: https://www.guineefutur.info/
