Contre La sansure

Fête de Ramadan: Je dirais plutôt la fin du mois saint de Ramadan, car chez nous, personne ne parle de fête.

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Bonne fête à toutes celles et à tous ceux qui ont pu célébrer ce jour entourés de leurs mères, de leurs pères et de leurs familles. Chez nous, cela fait bientôt six mois que notre père n’est plus à la maison. Bientôt 6 mois que la maison d’Elhadj Adama KEITA est plongée dans un silence lourd, un silence que seules les larmes viennent parfois briser. À près de 80 ans, l’ombre de cet homme, père, mari et grand-père, continue de planer dans la douleur de toute une famille.

Dans une concession qui ne respire presque plus, vivent quatre épouses qui pleurent chaque jour l’absence de leur mari, Elhadj Adama KEITA, enlevé et porté disparu depuis le 29 septembre 2025. Quatre mamans qui regardent chaque matin la porte, avec l’espoir qu’elle s’ouvrira enfin. Trente enfants. Des dizaines de petits-enfants. Tous vivent dans l’attente, dans les prières et dans les larmes espérant revoir celui qui est le pilier de cette famille. Nous avons jeûné pendant 29 et 30 jours. Mais nous n’avons pas fêté.

Comment célébrer lorsque celui qui nous a appris l’islam, celui qui nous a appris à prier, celui qui nous a enseigné la valeur du jeûne et de la foi est aujourd’hui quelque part et nulle part ? Il ne sait pas si nous sommes vivants. Et nous, nous ne savons même pas s’il est encore en vie. Mais Dieu, l’Omnipotent, l’Omniscient et l’Omniprésent, ce Dieu que notre père nous a appris à connaître et à craindre, lui sait où il se trouve. Lui sait ce qu’il traverse. Une chose est certaine : partout où il est, il pense à sa famille. Il pense à ses femmes. À ses enfants. À ses petits-enfants. Il se demande sûrement comment ils vivent depuis son enlèvement. Il se demande comment nous avons traversé ce mois de Ramadan sans lui.

Et nous, chaque jour, nous nous demandons comment il vit. Comment il dort. Comment il mange. Et comment il a pu passer ce Ramadan, le premier de toute sa vie, loin de sa famille et privé de sa liberté. Papa, partout où tu es, sache que nous t’aimons du plus profond de notre âme. Sache que nous prions pour toi nuit et jour. Sache aussi que nous continuons à nous battre, à faire tous les sacrifices possibles, pour que Dieu, dans sa miséricorde infinie, te ramène vivant auprès de ta famille.

Papa, pour la valeur immense que Dieu accorde au jeûne du Ramadan, je lui ai offert mes 29 jours de jeûne. Qu’il en fasse une bénédiction. Qu’il en fasse une lumière. Qu’il en fasse une miséricorde qui te rende ta liberté et te ramène à la maison dans la dignité. Bonne fête à toutes celles et à tous ceux qui ont pu célébrer auprès de leurs parents. Et nous vous demandons simplement une chose : Priez pour nous. Priez pour que notre véritable fête ne soit pas un jour de calendrier, mais le jour où notre père reviendra enfin à la maison. Amine Ya Allah 🤲☝️

Mamoudou Babila KEITA

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