Finale CAN 2025 : comment la CAF s’est ingérée et a manipulé le Jury d’Appel
Le verdict du Jury d’Appel ayant attribué la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc a été entaché de dysfonctionnements et irrégularités au sein même de la Confédération africaine de football. Outre la gravité des faits et de possibles conflits d’intérêts rendant la décision caduque sur la forme, cette procédure symbolise la crise institutionnelle gangrenant l’institution gérée par Patrice Motsepe et Véron Mosengo-Omba.
Après consultation de multiples sources internes, Sport News Africa est en mesure de confirmer que la propre administration de la CAF s’est ingérée dans le procédé annoncé comme « indépendant » du Jury d’Appel nonobstant les règles et statuts établis par la même CAF.
Un peu plus de deux semaines avant la réunion du Jury d’Appel, le secrétaire général de la Confédération africaine de football, Véron Mosengo-Omba, congédiait le directeur des organes indépendants au sein de la division des affaires juridiques de la CAF, Yassin Osman Robleh. Officiellement, ce licenciement intervenait dans le cadre d’une refonte plus globale du secteur juridique et ne mentionnait aucune faute particulière.
En poste depuis plus de cinq ans, le Djiboutien était unanimement reconnu pour son professionnalisme au sein de l’instance. Des membres du Comité exécutif, dont Augustin Senghor, réclamèrent des explications à Patrice Motsepe puisque le secrétaire général n’avait officiellement plus le droit d’occuper ses fonctions depuis le 15 octobre dernier à cause de la limite d’âge. D’où une question légitime : comment pouvait-il en plus virer un directeur sans aviser personne ?
Pourquoi le directeur en charge du Jury a été licencié deux semaines avant ?
Si la décision surprit, son timing interrogeait davantage : pourquoi congédier le directeur qui coordonnait le Jury d’Appel à deux semaines de la plus importante procédure juridique de la CAF ces dernières années ? Qui plus est, le secrétaire général n’a nommé aucun remplaçant.
Pour bien comprendre, Robleh était en charge de la Commission de discipline et du Jury d’Appel, veillant à l’application des textes et à la bonne tenue des commissions dites indépendantes. S’il dépendait contractuellement de la CAF, le Djiboutien était détaché structurellement de l’administration pour des questions d’indépendance.
Conjointement avec le/la président(e) de chaque commission qui demandait un nombre de jurés pour chaque dossier, il coordonnait et proposait ensuite les noms devant siéger pour statuer. Un rôle clé pour éviter les ingérences et s’assurer que chaque jury puisse être le plus impartial possible selon les affaires.
L’influence du directeur des affaires juridiques nommé illégalement par Véron Mosengo-Omba
En son absence, Sport News Africa a appris que Cédrick Aghey, récemment nommé directeur des affaires juridiques et de conformité de la CAF par le secrétaire général – dont il gérait auparavant le bureau -, était intervenu pour choisir les jurés.
Contrairement aux textes régissant la CAF, la nomination d’Aghey souffrait déjà d’une irrégularité puisque la proposition du secrétaire général devait être validée en amont par le Comité exécutif, ce qui ne fut pas le cas. Plusieurs membres s’opposèrent à cet acte, surtout d’un secrétaire général qui ne pouvait plus exercer statutairement depuis le 15 octobre !
Qu’importe, Aghey prit la place de Robleh et choisit directement les cinq jurés réclamés par la présidente du Jury d’Appel, Roli Daibo Harriman. Selon certaines sources internes, les propositions ne furent pas réellement conjointes mais impulsées par le directeur légal, ce qui pose souci : comment le Jury d’Appel, une commission officiellement indépendante dont le fonctionnement était détaché de l’administration, pouvait désormais être influencée directement par cette même administration ?
Conflits d’intérêts avec le président de la Fédération tunisienne
Parmi les cinq jurés choisis, outre la proximité d’Aghey avec son compatriote togolais Espoir Asogbavi Komlan qui interrogea, la décision d’incorporer Moez Ben Nasri est susceptible d’avoir enfreint le code disciplinaire de la CAF.
Si le président de la Fédération tunisienne de football n’a aucune interdiction de siéger dans le jury – tant qu’il n’appartient pas au Comité exécutif ou à une commission permanente de la CAF selon l’article 19 -, il est censé « déclarer chaque conflit d’intérêts » avant la réunion selon l’article 20. Or, il siège à l’UNAF, l’Union nord-africaine de football, comme l’un des protagonistes, le Maroc.
Sans même parler de ses liens crochus avec le président de la fédération marocaine, Faouzi Lekjaa, dont le soutien fut utile lors de sa propre élection en Tunisie, comment Cédrick Aghey a-t-il sciemment pu choisir Moez Ben Nasri parmi les cinq personnes sur les neuf faisant partie du Jury d’Appel eu égard à son appartenance commune à l’UNAF ?
Fait important, le Tunisien est le seul membre actif dans la gouvernance du football parmi les membres de la commission. Son incorporation est d’autant plus incompréhensible qu’elle permettrait au Sénégal de plaider des vices de procédure sur la forme et obtenir ainsi l’annulation du vote par le TAS sans même plaider le fond.
Comment le Comité exécutif va réagir ?
Habituée à gérer la CAF sans se soucier des statuts, l’administration actuelle n’a pas dérogé à ses principes dénoncées par de multiples rapports internes et par le fameux rapport externe réalisé par une compagnie d’audit égyptienne qui a été gardé au secret.
Problème, ce manque de respect des textes pourrait être fatal à l’une des parties (le Maroc) et pose surtout des questions existentielles : quelles sont les véritables raisons du licenciement de Yassin Osman Robleh ? Pourquoi ne pas avoir attendu la fin de la procédure pour procéder à son départ ?
Déjà mécontent, le Comité exécutif qui s’est terré dans le mutisme et la soumission depuis des années pourrait enfin prendre ses responsabilités lors de la prochaine réunion prévue ce 29 mars et réclamer des comptes envers Patrice Motsepe, un président qui ne contrôle absolument pas l’instance qu’il est censé diriger.
Romain MOLINA

Rédacteur sportif
Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.
Source: https://sportnewsafrica.com/
