Contre La sansure

France-Tchad: rupture bruyante, réconciliation subreptice!

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Vous revenez dans votre chronique de ce jour sur le dernier épisode des relations franco-tchadiennes. Rupture bruyante et réconciliation subreptice. Commençons par ce qui avait pu fâcher Mahamat Deby Itno.

Quelques faits vexants, sans doute un opportun prétexte de se délier d’un devoir de reconnaissance. En ordonnant ce qui a pu fâcher, on peut classer l’affaire des costumes en deuxième position. À titre personnel, Mahamat Déby Itno a pu ne pas apprécier les poursuites du parquet financier national français pour 900 000 malheureux euros de costumes. À ce niveau de responsabilité, on ne mégote pas en général. En second, il a pu être vexé par les prises à partie de la France sur le dossier soudanais : le Tchad souverain s’allie en fonction de ses intérêts. Les Émirats arabes unis et le général Hemedti qui font l’affaire de Déby à défaut de celle du Tchad. Puis probablement le manque d’enthousiasme manifesté par Paris pour son élection. Il y a donc des raisons légitimes de colère, mais de là à renverser la calebasse, on est dubitatif !

Et peut-être que toutes ces raisons ont servi de prétexte ?

Davantage le contexte. La France, devenue radioactive pour certaines opinions africaines, lui devoir son strapontin est une faute. Or Mahamat Déby Itno a beaucoup de qualités, sûrement, mais il aurait eu un grand mal à succéder à son valeureux maréchal de père sans l’adoubement de la France. Les avions militaires français, en anéantissant, (ou survolant, disent certains), la colonne rebelle responsable de la mort du maréchal Déby Itno, ont enrayé sa progression, permettant un climat serein nécessaire pour fignoler une succession extra-constitutionnelle problématique. Ce n’était pas acquis d’avance dans une Afrique vent debout contre les coups d’État constitutionnels que le putsch bricolé du fils Déby Itno passe comme lettre à la poste, coup de pouce militaire et soutien assumé d’Emmanuel Macron auront été nécessaires pour imposer la succession dynastique.

Prendre le pouvoir dans ces conditions, cela fragilise forcément !

Absolument ! Dans une « panafricanie » qui a la France comme cible unique, le jeune Déby Itno, pour se réhabiliter, avait besoin d’un vrai coup d’éclat, une sorte de bravade à la mesure de l’opprobre. Quoi de mieux que de sectionner la branche qui portait le régime dont il est l’héritier ? Avec les accords militaires, la France et ses avions avaient permis une longévité exceptionnelle du régime d’Idriss Déby Itno, soit en bombardant les colonnes des rebelles quand elles menaçaient trop Ndjamena ou en fournissant le bon renseignement en rompant ses accords militaires. Mahamat Déby Itno avait consenti le sacrifice expiatoire approprié. Il s’est acheté un répit avec les néo-panafricains. Sauf qu’au Tchad, la menace existentielle, ce sont les rébellions armées et le savoir-faire français pour les contrer n’a pas encore d’équivalent.

C’est donc une réconciliation dictée par la realpolitik ?

Parfaitement ! Comme à chaque fois qu’il est menacé, le pouvoir tchadien sollicite le secours de la France. Ngarta Tombalbaye, premier président du Tchad, a été le premier à le faire en 1969, quand, dans des circonstances semblables à celles de Déby, fils fâché avec la France, dans l’ambiance de « l’authenticité » à la Mobutu. Il change de prénom et de François, il devient Ngarta et débaptise la capitale tchadienne, Fort-Lamy, qui devient Ndjamena. Mais menacés par les rebelles, il ravale sa fierté et demande le secours de la France. Sauf que la France protège le président tchadien des rebelles, mais des fragilités de leur propre gouvernance. Fera-t-elle exception cette fois en perte de vitesse dans son ancien pré carré africain ? Elle n’a plus vraiment le luxe de se choisir ses partenaires idéaux. Elle pourrait donc fermer les yeux sur les droits humains, ce que craint l’opposition tchadienne. Elle redoute surtout que Succès Masra, l’opposant principal au régime en prison depuis août 2025, ne fasse les frais de ce qu’elle considère comme un « basculement vers une diplomatie transactionnelle ».

Par :Ahmed Newton Barry

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-regard-d-ahmed-newton-barry

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