Contre La sansure

Général Mamadi Doumbouya : candidat de rupture ou de continuité ?

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Quatre ans après avoir juré de ne pas se présenter, le chef de la transition semble prêt à briguer la présidence. Un tournant qui soulève une question essentielle : Mamadi Doumbouya incarne-t-il encore la rupture qu’il promettait, ou s’est-il fondu dans la continuité d’un système qu’il disait combattre ?

Lorsque le général Mamadi Doumbouya prit le pouvoir le 5 septembre 2021, une large partie du peuple guinéen avait voulu y voir le début d’une nouvelle ère. Ses mots forts sur la refondation, la moralisation de la vie publique et la fin de l’instrumentalisation du pouvoir avaient suscité un réel espoir. Pour la première fois depuis longtemps, le pays semblait entrevoir la possibilité d’un changement véritable.

Mais quatre ans plus tard, le rêve s’effrite. À la veille de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, tout indique que le chef de la transition sera candidat, malgré le serment solennel qu’il avait prononcé de ne pas briguer la magistrature suprême. Ce retournement n’est pas une simple entorse à la parole donnée ; c’est une véritable fracture de confiance avec le peuple. Et s’il venait à être élu dans de telles conditions, il lui faudrait un génie politique hors du commun et des efforts profonds, sincères et courageux pour restaurer ce lien de confiance aujourd’hui brisé.

Mais le plus inquiétant, c’est de voir les mêmes acteurs politiques ressurgir autour de lui : ceux qui avaient acclamé Dadis Camara hier, puis célébré le troisième mandat d’Alpha Condé, se retrouvent aujourd’hui à chanter les louanges du général Doumbouya. Les visages ne changent pas, les discours se répètent, les convictions s’effacent. Ces opportunistes de tous les régimes représentent à eux seuls le poison du système que Doumbouya prétendait déraciner.

Les nations ne meurent pas de la tyrannie d’un seul homme, mais de la lâcheté et de l’opportunisme de ceux qui l’entourent. En s’associant à ces figures usées, le général compromet son image de réformateur et alimente un sentiment de déjà-vu. Comment parler de rupture quand on s’entoure de la continuité ? Comment prêcher la refondation quand on reproduit les mêmes schémas de pouvoir ?

La transition, censée être une parenthèse vertueuse, s’est transformée en prolongement du système. Les promesses de refonte institutionnelle, de transparence et de justice sociale s’estompent au profit d’une ambition personnelle désormais difficile à dissimuler. Car au fond, la vraie question n’est plus de savoir s’il sera élu, mais s’il aura trahi l’idée même de rupture qu’il incarnait.

« Le pouvoir n’a de sens que s’il sert. Dès qu’il se sert, il se pervertit. » — Thomas Sankara

A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.

Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.

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