Guerre en Iran : la diplomatie de Deby questionnée
Depuis les premières frappes américaines contre le régime iranien, le président tchadien Mahamat Idriss Deby Itno montre une certaine inconstance à travers des déclarations sur sa page Facebook. Dans un premier message, il a exprimé son soutien au Guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, depuis décédé. Puis, dans un second poste, il a fermement condamné les attaques du régime islamique contre les pays du Golfe, notamment les Émirats Arabes Unis et le Qatar, des alliés clés du Tchad.
Des réactions contrastées au sein de la société tchadienne

Dans les rues de N’Djamena, les avis divergent sur la posture présidentielle. Pour l’activiste Deuh’b Zyzou, la première déclaration peut s’expliquer par une forme de solidarité religieuse : « Dans le premier message du président, on peut expliquer cela comme une solidarité islamique envers une nation avec laquelle le Tchad entretient des relations. Mais sa condamnation des actions iraniennes envers les pays du Golfe est beaucoup plus révélatrice des véritables priorités géopolitiques de N’Djamena.»
De son côté, Richard, étudiant en droit, estime que le chef de l’État devrait d’abord s’appliquer à lui-même les principes qu’il réclame ailleurs : « Avant d’exiger le respect du droit des Iraniens, il faut que le président Deby respecte d’abord le droit de son peuple. Nous ne sommes pas un pays islamique, donc ses réactions n’engagent que lui, pas le peuple tchadien. »
Une prise de position jugée risquée par certains analystes
Pour le politologue tchadien Evariste Ngarlem Toldé, ces messages successifs témoignent d’un manque de prudence diplomatique.
Selon lui, Mahamat Idriss Deby a été l’un des premiers dirigeants africains à réagir publiquement, un choix qui pourrait exposer le Tchad à des tensions inutiles : « C’est autant prendre de risques avec les Américains et les Israéliens, qui restent des partenaires clés du Tchad. Dans un contexte aussi explosif, chaque prise de position est interprétée. Le Tchad a raté l’occasion de garder le silence. La communication présidentielle a pris un coup, car l’Iran n’est pas aussi stratégique pour le Tchad que ses autres partenaires. »
Une diplomatie tchadienne déjà sous le feu des critiques
Ce n’est pas la première fois que la politique étrangère tchadienne fait débat. Début janvier, N’Djamena avait rappelé son attachement au respect du droit international après l’intervention américaine au Venezuela ayant conduit à l’arrestation de l’ancien président Nicolás Maduro — une sortie diplomatique qui avait également surpris certains observateurs.

Alors que le contexte international reste tendu, les prises de position du président Deby montrent une diplomatie tchadienne en quête d’équilibre entre alliances traditionnelles, solidarités régionales et réalités géopolitiques.
Rappelons que début janvier dernier, le Tchad avait également rappelé son ferme attachement au respect du droit international suite à l’intervention américaine sur le territoire vénézuélien ayant permis l’arrestation de l’ancien président Nicolas Maduro.
Par Blaise Dariustone Correspondant au Tchad pour le programme francophone de la Deutsche Welle

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