Guerres et nouvel ordre mondial : qui pour défendre l’Afrique ? Par Habib Yembering Diallo
Pendant la guerre froide, le monde était bipolaire avec d’un côté le bloc de l’Ouest mené par les Etats-Unis et de l’autre celui de l’Est avec à la tête l’Union Soviétique. Après l’effondrement de cette dernière, caractérisé par la chute du mur de Berlin en 1989, les vainqueurs –que sont les occidentaux- crient à la globalisation. En s’adossant sur la primauté du multilatéralisme régit par un nouvel ordre mondial. Ce concept aura une courte vie.
Depuis quelques années, on assiste à une nouvelle redistribution des cartes de géopolitique mondiale. Avec, en toile de fond, l’isolationnisme prôné et entretenu par Donald Trump et son slogan favori « America first ou Make America Great Again » sous-tendant l’Amérique avant tout ou encore renvoyant à l’ère d’or de l’Oncle Sam. Pire encore, des guerres déclenchées partout : l’enlisement du conflit Russo-ukrainien, l’Inde aux prises avec le Pakistan, Israël qui, après avoir causé la mort de près de 55 000 personnes à Gaza, attaque l’Iran. Devant ces conflits géo politico-stratégiques sans précédent, l’Afrique, elle, se contente de jouer le rôle de simple spectateur.
L’ONU : Une octogénaire décalée de son monde
Sur les 5 continents que compte la planète, 3 ont un membre permanent au conseil de sécurité des Nations Unies. A l’exception de l’Océanie, qui ne compte que trois grands pays –l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Papouasie Nouvelle Guinée, l’Afrique est le seul grand continent, avec près de 1,3 milliard d’habitants en 2025, à ne disposer aucun siège de membre permanant au conseil de sécurité de cette organisation mondiale née des cendres de la société des Nations. Pourtant, le continent africain représente 25% des membres de l’ONU. L’organisation est si vieille et si inadaptée au contexte actuel, qu’à sa création l’Afrique ne comptait que 4 pays : l’Afrique du Sud, l’Egypte, l’Ethiopie et le Liberia. Tous membres fondateurs. Depuis, une cinquantaine de pays africains sont devenus membres. Mais leur voix compte peu ou pas.
À part l’ONU, et pour des raisons que l’on comprend, aucune organisation n’a gardé le même mode de fonctionnement pendant 80 ans. Or le dernier véto américain, exigeant un cessez-le-feu à Gaza après 55 000 morts en majorité des femmes et des enfants, est la preuve de l’impérieuse nécessité de reformer l’organisation planétaire. Ce véto remet en cause les fondements même de la création de l’ONU qui consiste au maintien de la paix et de la sécurité internationale, entre autres.
L’éventualité de la candidature de l’ancien président sénégalais, Macky Sall, au poste de secrétaire général des Nations unies est envisagée. Mais l’Afrique ne doit plus se contenter de l’élection d’un des siens à la tête de l’organisation. Par le passé, l’Egyptien Boutros Ghali et le Ghanéen Kofi Annan ont assumé ces prestigieuses fonctions. Mais cela n’a rien changé pour l’Afrique. Le secrétaire général des Nations Unies n’a qu’un pouvoir très limité. Ce sont les membres permanents du conseil de sécurité qui sont véritablement à la manœuvre. Or, plus que par le passé, le doit international s’arrête là où commencent leurs intérêts. Particulièrement pour les Etats-Unis grâce à leur superpuissance à l’échelle mondiale. L’invasion de l’Iraq en 2001en dehors de toute résolution onusienne en est un exemple palpable.
L’Afrique doit défendre ses intérêts
Face aux divers enjeux géopolitiques actuels, l’Afrique est complétement absente sur la scène internationale. Ni ses dirigeants, ni ses intellectuels encore moins ses journalistes, bref ses élites, ne se font entendre sur ces grands enjeux du moment. Dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine l’Afrique est muette. Il en est de même sur le génocide en cours à Gaza. À plus forte raison dans cette nouvelle guerre en cous qu’Israël a imposée à certains pays du Proche et Moyen-Orient. Bref, le continent noir ne compte que lorsqu’il s’agit de l’exploitation de ses ressources naturelles. Et c’est cela qu’elle doit refuser.
Les puissances mondiales ne donneront jamais à l’Afrique la part qu’elle mérite dans le concert des nations. Donc c’est aux Africains de défendre leurs intérêts. À commencer par l’incontournable réforme de l’ONU. Suivra le contrôle et l’appropriation des ressources naturelles de l’Afrique par les Africains eux-mêmes. Avec le protectionnisme américain, qui a comme corolaire des droits de douane exorbitants pour les produits en provenance de tous les continents, la Chine exempte l’Afrique des droits de douane. C’est une bonne chose. Mais, contrairement à ce qu’elle veut faire croire, ce n’est pas pour les beaux yeux des Africains. Ce message de l’Amérique méchante et de la Chine gentille n’a d’autres objectifs que de mettre mains basses sur les immenses richesses naturelles du continent. Les chiffres publiés l’année dernière par les douanes chinoises conformaient le déséquilibre commercial entre la Chine et l’Afrique : 178 milliards de dollars d’exports de la Chine vers le continent noir et 116 milliards d’imports. Avec un accent particulier pour les matières premières.
Ce que la Chine fait en économie est exactement ce que la Russie veut faire en sécurité. Le pays de Poutine se présente comme le secouriste du Sahel aux mains d’une France néocolonialiste. Mais l’intervention russe n’est pas une aumône que Poutine fait au trio Goïta, Traoré et Tiani. Elle permet tout simplement à Moscou de vendre à prix d’or aux putschistes des armes complétement obsolètes en Europe. Et avoir accès aux immenses ressources minières des pays concernés.
Censure et guerre de communication
L’autre enjeu de la crise actuelle est le contrôle de l’information et de la communication. Ironie de l’histoire, l’armée israélienne organise une visite guidée pour montrer aux journalistes les dégâts causés par un missile iranien sur un hôpital israélien. Si, depuis 18 mois, les mêmes médias pouvaient obtenir une visite guidée pour constater les dégâts similaires voire pire causés par l’armée israélienne dans les hôpitaux de Gaza, on aurait applaudi à la fois pour l’armée et pour les médias. En cautionnant une opération partiale, partielle et parcellaire, les médias occidentaux confortent ceux qui, sur le continent noir, les accusent de manipulation de l’information.
