Guinée, 67 ans d’indépendance, de quoi sommes-nous fiers ? (Olladi Ibrahim, journaliste.)
Le 2 octobre revient chaque année comme une cloche qui résonne dans la mémoire collective guinéenne. Jour d’orgueil, jour d’histoire, jour où un peuple a osé dire « Non » à la soumission pour choisir son destin, aussi incertain fût-il. Depuis 1958, la Guinée brandit cette indépendance comme son plus grand trophée. Mais soixante-sept ans après, une question dérangeante s’impose : de quoi sommes-nous réellement fiers ?
Sommes-nous fiers de ce « Non » légendaire qui a inspiré tant de nations africaines à briser leurs chaînes ? Oui, indéniablement. Mais au-delà du symbole, que reste-t-il ? Une indépendance vidée de sa substance quand le peuple, toujours, ploie sous le poids de la pauvreté, des inégalités et de la peur. Une indépendance trahie quand nos richesses minières ne nourrissent pas nos foyers, mais engraissent l’ancienne colonie ou même un collègue victime des mêmes effets hier (la Chine) et des élites corrompues jusqu’aux os.
La fierté nationale ne peut pas se réduire aux chants patriotiques ou des uniformes ni aux parades militaires du 2 octobre. Elle devrait se lire dans la dignité des citoyens, dans la justice qui protège, dans les emplois qui garantissent la vie, dans l’école qui éclaire, dans l’hôpital qui soigne, dans la démocratie qui respire, dans la liberté d’expression qui inspire.
Peut-on être fier d’une indépendance quand la jeunesse n’a d’autre horizon que l’exil ou les taxis motos, quand des familles se battent chaque jour pour un repas, quand la liberté de parole se paie parfois au prix fort ?
Pourtant, tout n’est pas sombre. Nous pouvons être fiers de la résilience d’un peuple, fier de cette jeunesse créative qui invente malgré tout, fier de nos cultures qui résistent toujours, fier de ce courage qui refuse la fatalité. Mais cette fierté reste incomplète, bancale, tant que nos dirigeants, n’auront pas transformé l’héritage du 2 octobre en véritable projet de société.
Alors oui, 2 octobre 1958 fut un acte de grandeur. Mais la vraie indépendance reste à conquérir : celle qui se vit dans le quotidien, pas seulement dans les d’histoire. La Guinée n’a pas besoin seulement d’être fière, elle a besoin d’être juste, prospère et libre.
Mais en attendant que je comprenne mieux, je prends mon café !
