Guinée : Bah Oury, de la Primature à la tête du GMD, au cœur d’une recomposition politique controversée
À peine sorti de ses fonctions de Premier ministre, Bah Oury se voit confier par le président Mamadi Doumbouya la mission de structurer et faire grandir le parti Génération pour la Modernité et le Développement (GMD), bras politique du pouvoir en place. Cette nomination, officialisée dans un communiqué de la Présidence, intervient dans un contexte de recomposition institutionnelle et de tensions croissantes autour des libertés publiques.
Ancien fondateur de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) et de l’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme (OGDH), Bah Oury devient ainsi le chef d’orchestre d’un projet politique qui suscite de vives inquiétudes dans les rangs de l’opposition et de la société civile. Pour nombre d’observateurs, cette transition marque l’achèvement d’un processus de consolidation du pouvoir entamé par Mamadi Doumbouya depuis son coup d’État du 5 septembre 2021.
Une investiture controversée
Le 17 janvier 2026, Mamadi Doumbouya a été investi président de la République au stade Général Lansana Conté de Nongo, après une élection présidentielle tenue le 28 décembre 2025. Si le scrutin s’est déroulé dans le calme, plusieurs voix dénoncent une campagne verrouillée, marquée par l’absence de médias indépendants, la dissolution de partis politiques critiques et la disparition inquiétante de plusieurs activistes et défenseurs des droits humains.
Dans la foulée de cette investiture, le Premier ministre Bah Oury a présenté la démission de son gouvernement, acceptée par le chef de l’État. Ce geste, présenté comme une formalité républicaine, ouvre la voie à une nouvelle configuration politique dominée par le GMD, dont Bah Oury devient le principal stratège.
Vers une législature sous contrôle ?
Le président Doumbouya a annoncé que la date des prochaines élections législatives sera fixée dès le mois de février, conformément à l’article 74 du Code électoral. En parallèle, il a invité le Conseil National de la Transition à accélérer l’adoption des lois organiques nécessaires au fonctionnement des institutions.
Mais pour de nombreux analystes, cette séquence électorale s’apparente à une mascarade. La concentration du pouvoir entre les mains du GMD, la mise à l’écart des contre-pouvoirs et la répression des voix dissidentes nourrissent les craintes d’un glissement vers un parti unique. Le maintien des privilèges pour les ministres démissionnaires — véhicules, domiciles, sécurité — renforce l’idée d’une continuité politique déguisée.
Une opposition muselée, une société civile en alerte
Depuis la nomination de Bah Oury à la Primature en août 2025, plusieurs médias indépendants ont été suspendus ou fermés, les manifestations interdites, et des figures de la société civile portées disparues. Des partis comme le FNDC et le Bloc Libéral ont vu leurs activités entravées, voire dissoutes, dans un climat de peur et de surveillance.
Cette stratégie de verrouillage, dénoncée par des ONG internationales, semble viser à neutraliser toute forme de contestation avant les législatives. Le rôle confié à Bah Oury dans la structuration du GMD apparaît dès lors comme une pièce maîtresse dans l’architecture d’un pouvoir centralisé, où les institutions sont alignées sur la volonté présidentielle.
Une trajectoire politique sous surveillance
Bah Oury, longtemps marginalisé puis réhabilité, incarne aujourd’hui une figure paradoxale : celle d’un ancien opposant devenu artisan d’un projet politique controversé. Sa mission à la tête du GMD, selon le communiqué présidentiel, vise à « mettre en œuvre progressive des composantes du parti pour la tenue des prochaines élections ».
Alors que la Guinée s’apprête à entrer dans une nouvelle phase électorale, les regards se tournent vers les institutions régulatrices, les partenaires internationaux et les forces vives du pays. La question centrale demeure : cette recomposition politique est-elle le prélude à une normalisation démocratique ou le verrou final d’un pouvoir confisqué ?
Source: https://koumamedia.com/
