Guinée Bissau: de quel retour à l’ordre constitutionnel parle la CEDEAO?
Le coup d’Etat du 26 novembre dernier en Guinée-Bissau constituait, avec la tentative de putsch avortée au Bénin, le 7 décembre, l’un des plats de résistance du menu servi aux dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, lors du sommet ordinaire de l’institution régionale qui s’est tenu ce dimanche 14 décembre à Abuja au Nigeria.
Mais comme à l’accoutumée, la CEDEAO n’a pas répondu aux attentes des peuples. Surtout celles des Bissau-Guinéens! Alors qu’elle a fait preuve d’une fermeté sans une once de tergiversation contre les militaires qui ont essayé de renverser le président Patrice Talon, l’organisation sous-régionale, comme pour défendre jalousement son surnom peu flatteur de «syndicat des chefs d’Etat», a pratiquement abandonné la Guinée-Bissau à son sort.
Certes, la CEDEAO a, bien évidemment condamné le coup de force, rejeté le calendrier de transition d’un an sur lequel s’adossent les nouveaux maîtres de Bissau, demandé la libération de tous les prisonniers politiques et membres de la société civile en détention, emprisonnements en lien avec le putsch, et elle pourrait brandir des sanctions ciblées contre les contrevenants à ses décisions! Mais, pas que!
L’institution dont la présidence actuelle est gérée par le Sierra-Léonais Julius Maada Bio, a exigé le retour à l’ordre constitutionnel! Questions: de quel ordre constitutionnel parle la CEDEAO, alors qu’elle ne fait pas de la publication des résultats des élections du 23 novembre, une priorité? Qui a gagné le scrutin présidentiel, vu que les deux challengers les plus en vue, en l’occurrence le président sortant Umaro Sissoco Emballo, qui était en route pour sa propre succession, et le candidat soutenu par l’opposition, Fernando Dias da Costa, revendiquent, chacun, la victoire? A qui reviendrait le pouvoir, si retour à l’ordre constitutionnel il doit y avoir?
Les vraies questions auxquelles elle devait apporter une réponse immédiate, dans le respect du parallélisme des formes avec son intervention pour sauver le soldat Talon, la CEDEAO, a feint de les ignorer ou les a simplement occultées, une fois de plus, au détriment des aspirations du peuple. Car, il y a bien moyen de publier les vrais chiffres de ces élections, afin que l’opinion nationale et internationale sache qui est le vainqueur réel du processus électoral mis entre parenthèses. Mais une fois de plus, la CEDEAO semble avoir raté le coche, préférant, pour des desseins connus de ses seuls dirigeants, opter pour la procrastination. En français facile, on parlera de «deux poids deux mesures», ou plus trivialement, on dira que pour la CEDEAO, le Bénin n’est pas la Guinée-Bissau.
Par Wakat Séra

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