Guinée Bissau: il était une fois, le drôle de coup d’Etat!
Du coup KO prévu, la Guinée-Bissau est passée au coup d’Etat prévisible, confirmant jalousement son titre de pays de grande instabilité politique. Après les élections présidentielle et législatives qui se sont déroulées dans le calme, le dimanche 23 novembre, et à la veille des résultats qu’ils attendaient pour ce jeudi, les Bissau-Guinéens ont plutôt vécu des heures chaudes ce mercredi, sous la forme d’un coup de force de l’armée.
Coutumières du fait, car, entre ceux qui ont réussi, les tentatives et les faux, les putschs militaires étant la voix la mieux usitée pour prendre les clés du palais présidentiel, les populations n’ont pas été surprises outre mesure. Depuis son indépendance, le pays de Amilcar Cabral, peut se targuer d’être parmi les meilleurs élèves de ce moyen de prise de pouvoir. Si celui qui vient d’être opéré en est vraiment un et couronné de succès, il sera, pour le pays, le cinquième pour une quinzaine de tentatives véritables ou fabriquées de toute pièce.
Ainsi, et une fois de plus, est-on tenté de dire, la Guinée-Bissau n’a pas dérogé à la règle si chère à ses militaires de s’inviter dans le débat politique au sommet. Sauf que ce coup d’Etat, sans effusion de sang contrairement aux autres, et annoncé par le chef de l’Etat déchu, himself, suscite interrogations, doutes et colère. Des zones d’ombre qui donnent un air de «vrai-faux» à ce coup d’Etat dénoncé d’ailleurs, par l’opposition comme une mise en scène dont l’auteur n’est autre que le président candidat à sa propre succession qui compte ainsi empêcher la proclamation des résultats d’une présidentielle qui le donneraient perdant.
Le scénario n’est pas loin de donner raison aux détracteurs de Umaro Sissoco Embalo qui n’a donc pas pu profiter de la mise à l’écart orchestrée du PAIGC de la course. Le parti historique optant pour un plan B, a apporté un soutien massif à l’indépendant, Fernando Dias da Costa, l’adversaire direct du président sortant. Du coup, alors qu’il s’attendait à un boulevard pour retourner au palais présidentiel, Umaro Sissoko Emballo qui était certain d’avoir…emballé la partie, s’est retrouvé face à l’imprévisible. Son second mandat allait-il lui échapper?
Questions: pourquoi l’armée a-t-elle mis aux arrêts, Umaro Sissoco Embalo qui revendique une victoire à 65%, et ses opposants, en l’occurrence le concurrent du président sortant, Fernando Dias da Costa et Domingo Simoes Pereira, le leader du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap-vert? De plus, Umaro Sissoko Emballo qui communiquait sans difficulté apparente avec l’extérieur, au point d’annoncer lui-même qu’il était victime d’un coup d’Etat et était détenu à l’Etat-Major, était plutôt bien libre de ses mouvements pour un prisonnier. Qui est le fameux baron de la drogue derrière la déstabilisation de la Guinée Bissau, que pointe du doigt, le Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité et de l’ordre public, à la base dudit coup d’Etat? Le coup d’Etat est-elle portée par toute l’armée?
C’est certain, ce coup de force, qu’il soit vrai ou faux, fera longtemps parler de lui, non pas que pour avoir suspendu l’un des rares processus électoraux, qui se sont presque bien déroulés, mais dans sa forme et dans son fond. Pour le moment, la proclamation des résultats est donc bloqué, tout somme la suite du processus électoral est mis entre parenthèses, au grand dam des populations guinéennes, de la Cédéao, de l’Union africaine et de l’ONU. En attendant la suite des événements!
Par Wakat Séra

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