Contre La sansure

Guinée : la chasse aux postes a repris (Par Elhadj Aziz Bah)

0

En Guinée, un mot revient avec une constance troublante à chaque recomposition gouvernementale : le « recyclage ». Comme s’il s’agissait d’une vertu politique. Comme si le salut national passait par la rotation des mêmes profils, d’un fauteuil à l’autre, sans jamais interroger ni les résultats, ni la cohérence, ni l’utilité réelle de ces choix. Cette pratique, devenue presque culturelle, mérite pourtant d’être questionnée avec rigueur et courage.

Car gouverner n’est pas recycler. Gouverner, c’est choisir. Et choisir, c’est assumer une vision, une méthode et des critères clairs.

Dans les États qui se prennent au sérieux, la formation d’un gouvernement n’est ni un exercice d’équilibrisme émotionnel, ni une réponse précipitée aux clameurs de la rue ou aux tempêtes des réseaux sociaux. Elle procède d’une logique implacable : servir un projet de société défini, porté et incarné par le président de la République. Les hommes et les femmes appelés à gouverner ne sont pas là pour exister politiquement, mais pour exécuter, avec loyauté et compétence, une feuille de route précise.

Trois critères dominent alors sans ambiguïté : l’expérience utile, la probité morale et l’adhésion totale à la vision présidentielle. Sans cette cohérence, l’action publique se fragmente, les réformes s’essoufflent et l’État devient un assemblage d’ambitions individuelles plutôt qu’un instrument de transformation collective. Comme le rappelle une sagesse peule : « Quand les bœufs ne tirent pas dans le même sens, la charrue n’avance pas. »

Le véritable danger du recyclage politique n’est pas seulement l’usure des visages, mais l’épuisement de la confiance. Reprendre les mêmes profils sans bilan sérieux, sans évaluation rigoureuse, sans remise en question, revient à demander au peuple de croire encore à des promesses déjà déçues. Or, dit un proverbe mandingue, « on ne lave pas un linge sale avec de l’eau déjà trouble ».

Mais l’erreur serait tout aussi grave de tomber dans l’excès inverse. Remplacer systématiquement des ministres et hauts cadres sortants par des opposants et acteurs de la société civile novices, sans expérience de l’État ni véritable trempe républicaine, au nom d’une prétendue réconciliation ou d’une diversité de façade, serait une faute politique majeure. On ne bâtit pas la stabilité sur l’improvisation, ni l’avenir sur le calcul symbolique. La réconciliation ne peut servir d’alibi à l’affaiblissement de l’État, pas plus que la diversité ne saurait justifier la médiocrité. Comme le dit une sagesse baga, « on ne confie pas la pirogue à celui qui n’a jamais affronté le courant ».

Le président et son cercle de décision doivent donc se prémunir contre deux pièges majeurs : la pression et la distraction. La pression des intérêts organisés, des calculs clientélistes et des fidélités mal comprises. La distraction des tendances éphémères, des indignations sélectives et des popularités artificielles fabriquées en ligne. Gouverner exige du sang-froid, de la hauteur et parfois la capacité de déplaire pour mieux servir.

Cela ne signifie pas exclure mécaniquement les équipes sortantes ou l’administration actuelle. Encore moins ignorer l’immense réservoir de compétences que constitue la diaspora guinéenne. Les talents peuvent venir de partout. L’essentiel est ailleurs : dans la capacité à servir l’intérêt général avec discipline, loyauté et résultats mesurables. Comme le dit une sagesse forestière : « Ce n’est pas l’origine de la rivière qui compte, mais l’eau qu’elle apporte au village. »

La Guinée n’a pas besoin d’un gouvernement de compensation ni d’un attelage de compromis mous. Elle a besoin d’une équipe resserrée, compétente, moralement crédible et entièrement tournée vers l’exécution. Une équipe choisie librement, sans contrainte ni marchandage, uniquement guidée par l’intérêt supérieur de la nation.

Le recyclage politique est une facilité. L’improvisation réconciliatrice est un mirage. La rupture réfléchie, elle, est une exigence. Et l’histoire est toujours sévère avec ceux qui confondent les symboles avec la solidité. Car, comme le rappelle un proverbe soussou, « c’est à la qualité du pilote qu’on reconnaît la solidité de la pirogue ».

A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.

Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?