Contre La sansure

Guinée : la République confisquée, l’égalité trahie

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La Guinée est un pays meurtri, épuisé par ses propres contradictions. Un pays béni par la nature, mais affaibli par ceux qui le dirigent. Ici, l’égalité est proclamée comme un principe, mais continuellement piétinée dans les faits. Or, sans égalité réelle, il ne peut y avoir ni État solide, ni République crédible.

Je vote pour l’égalité. L’égalité de chaque citoyen, sans distinction d’ethnie, de religion, de sexe ou d’origine sociale. Toute autre vision est une imposture politique.

La récente sortie de l’artiste Takana met le doigt sur une plaie que beaucoup préfèrent ignorer : le communautarisme au sommet de l’État. Oui, son diagnostic est juste. Mais sa posture interroge. Lorsqu’on dénonce une injustice uniquement après que ses propres intérêts ont été touchés, la sincérité du combat mérite d’être questionnée. Cela n’invalide pas la réalité dénoncée, mais en révèle les ambiguïtés.

Le communautarisme et l’ethnocentrisme sont des poisons politiques. Ils fragilisent la cohésion nationale et préparent, à terme, le terrain de la guerre civile. Ces pratiques doivent être combattues sans complaisance, car elles sont incompatibles avec l’idée même de nation. Que Dieu protège la Guinée de ses propres démons.

La question soussou illustre parfaitement cette dérive. Elle est à la fois identitaire et liée à l’intégration nationale. Identitaire, parce que le soussou est indissociable de la Guinée. Il ne s’exporte pas, il n’est pas transnational : il est guinéen, profondément. Intégrative, parce qu’il est devenu la langue du pouvoir, de la capitale, et de l’administration informelle.

Pourtant, cette centralité n’a pas produit une élite responsable. Ma communauté, ma préfecture de Coyah et ma sous-préfecture de Wonkifong sont connues pour leur discipline, leur docilité et leur malléabilité. Cette souplesse, loin d’être une force, est devenue une faiblesse politique. Les cadres soussous, dans leur majorité, ont échoué à défendre l’intérêt général, préférant l’égoïsme à l’exemplarité.

À l’inverse, certaines figures font exception. Soumah Lettres, par son travail et sa rigueur, honore Coyah. Son absence de promotion n’est pas un hasard : en Guinée, la compétence dérange plus qu’elle ne récompense.

Le changement promis n’a jamais été un changement réel. Mon calcul politique n’a pas abouti, parce que la transformation qualitative de l’État est constamment repoussée. Le colonel avait justifié son coup de force par une dérive administrative devenue insupportable pour les contribuables, renversant un professeur au bilan calamiteux. Ce diagnostic était partagé par une grande partie du peuple.

Aujourd’hui, le général travaille, certes. Mais le risque est grand de voir l’homme se dissoudre dans le système qu’il prétendait combattre. Le colonel d’hier ne doit pas devenir le général d’aujourd’hui prisonnier des mêmes logiques. Le système guinéen ne changera pas tout seul : il faut le briser.

Soyons clairs : Soyez nationalistes.

Soyez radicaux dans la réforme.

Refusez la docilité politique.

Car trop de responsables se comportent en parasites de la République.

L’histoire récente nous oblige à la lucidité. Lansana Conté, militaire devenu civil, a laissé un pays exsangue. Alpha Condé, porté par l’espoir, a gouverné sans résultats à la hauteur de ses promesses. Militaires ou civils, les dirigeants guinéens semblent prisonniers du même échec.

Dès lors, une question s’impose : entre un militaire et un civil, lequel est réellement capable de sauver la Guinée et de la sortir de l’obscurité ? La réponse n’est pas dans l’uniforme ou le costume, mais dans la rupture avec les pratiques anciennes.

Nos dirigeants doivent intégrer une vérité simple : ils appartiennent à la Guinée, la Guinée ne leur appartient pas. Le pays est béni, mais il est administré par des hommes qui semblent avoir perdu toute boussole morale.

Le processus électoral actuel illustre cette dérive. Nous assistons à une démocratie sous perfusion financière. Des candidats déposent 900 millions de francs guinéens et reçoivent ensuite près de 2 milliards pour faire campagne. La politique est devenue un marché, l’élection un investissement à rentabiliser.

Pendant ce temps, l’administration est désertée. Des responsables quittent leurs postes pour battre campagne, paralysant les services publics. L’État s’arrête, la politique continue. Ce désordre est une insulte au contribuable.

Le projet Simandou, présenté comme la locomotive du développement, s’est déjà transformé en désillusion. Plus de 45 000 licenciements : est-ce cela, la promesse d’un avenir meilleur ? L’espoir s’est mué en cauchemar social.

La vérité est brutale : la Guinée est encore très loin du développement. Malgré des ressources exceptionnelles, elle demeure parmi les pays les moins avancés. Nous rêvons beaucoup, mais nous transformons peu.

Cette tribune n’est pas un cri de haine, mais un appel à l’éveil politique. La dignité d’une nation passe par un système politique capable de valoriser ses citoyens, ses cultures et ses compétences, et de projeter le pays sur la scène internationale.

Albert Einstein disait : « La mesure de l’intelligence est la capacité de changer. »

La Guinée saura-t-elle enfin changer ?

Nous partageons les mêmes défis que la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Eux ont trouvé des solutions. Pourquoi pas nous ?

La question mérite d’être posée. Sans tabou. Sans peur.

Par Yamoussa Bangoura, président des Wonkifongkés depuis Paris 

Source: https://www.guineefutur.info/

 

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