Contre La sansure

GUINÉE : LE SCRUTIN DU MENSONGE, OU L’ÉLECTION RACONTÉE PAR BAH OURY

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À la veille du prétendu scrutin, une vérité s’impose avec la brutalité d’un fait nu : la campagne n’a pas eu lieu, mais le mensonge, lui, a sillonné le pays.

Le candidat que le régime redoute encore, Cellou Dalein Diallo, est absent du territoire, mais présent partout ailleurs : dans les calculs du pouvoir, dans les discours qui l’évitent et dans les peurs qui structurent encore l’État.

Il aura donc fallu inventer un paradoxe guinéen : un absent plus visible que des candidats officiellement déclarés.

Face à lui, le pouvoir aligne son champion : Mamadi Doumbouya. Candidat par décret. Candidat par intimidation institutionnelle. Mais candidat sans courage politique.

Un candidat qui ne marche pas, qui ne parle pas, qui ne débat pas, qui ne convainc pas, mais qui administre. Il a confié la campagne à l’État, délégué la parole et évité la présence.

Et pour porter ce vide, le régime a désigné son narrateur officiel : Bah Oury, ou l’homme qui parle à la place d’un candidat qui se cache.

Bah Oury, ou le candidat par procuration d’un fantôme électoral. Et surtout Bah Oury, le menteur méthodique.

À Labé, il avait promis solennellement que son candidat allait sillonner quelques grandes villes avant la fin de la campagne.

La promesse était claire. Les dates étaient connues. Le mensonge aussi.

La campagne est terminée. Les villes sont restées sans candidat. Et Bah Oury sans parole.

Ce n’était pas une erreur d’agenda. Ce n’était pas, non plus un imprévu. C’était une mise en scène ratée. Car Bah Oury ne ment pas par accident. Il ment par fonction. Il ment pour meubler l’absence. Il ment pour donner une voix à un silence devenu stratégie.

Pendant qu’il parle, l’administration agit. Pendant qu’il promet, l’État milite. Et l’aveu final est venu, comme un lapsus qui dit tout, par Morissanda Kouyaté : l’administration a intérêt à la victoire du Général. Autrement dit, l’arbitre vote, le match est terminé, les candidats servent de décor.

Qu’on cesse alors de nous parler d’élection. Ce qui se prépare n’est pas un choix, mais une validation. Le bulletin ne décide pas. Il accuse réception. Le peuple est convoqué non pour choisir, mais pour signer la continuité d’un mensonge devenu système.

À la veille de ce scrutin, tout est clair : le candidat se cache, le Premier ministre ment, l’administration milite, et la démocratie fait semblant. Le reste n’est plus qu’un rituel administratif. Un reçu. Rien de plus.

Alpha Issagha Diallo

Chroniqueur d’une démocratie en service intérieur

Et d’un vote transformé en reçu administratif

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