Contre La sansure

Guinée: les dérives d’un pouvoir en quête de légitimité.

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Alors que la transition politique engagée après le coup d’État du 5 septembre 2021 devait ouvrir une nouvelle ère institutionnelle, de nombreuses voix dénoncent aujourd’hui une crise morale et politique profonde. Entre restrictions des libertés, corruption et perte de repères démocratiques, l’espoir d’un renouveau semble s’éroder.

 

Une transition née d’un espoir de rupture

L’arrivée au pouvoir de la junte militaire dirigée par Mamadi Doumbouya avait suscité, au lendemain du coup d’État de septembre 2021, une forte attente au sein de la population guinéenne.

La promesse affichée dans son discours du 05 septembre 2021 était claire : rompre avec les pratiques de gouvernance jugées défaillantes, restaurer l’État et refonder les institutions sur des bases démocratiques et républicaines.

Cependant, après l’enterrement de la transition politique et le blanchiment du coup d’État sur fond d’élections tronquées et exclusives, le constat dressé par de nombreux observateurs est préoccupant. Autour du pouvoir militaire répressif se sont progressivement installés des acteurs politiques et administratifs accusés d’opportunisme, de corruption et d’absence de vision, dans une continuité qui interroge la sincérité du changement annoncé.

La reproduction d’un système décrié

La présence de cadres jugés incompétents ou moralement contestables au sommet de l’État n’est pas perçue comme un phénomène isolé. Elle s’inscrit dans une dynamique plus ancienne, celle d’un système qui, depuis des décennies, favorise la loyauté et l’allégeance à un chef d’un pouvoir militaire hégémonique dominant au détriment de la compétence et de l’intégrité.

Ce mode de fonctionnement aurait contribué à banaliser certaines dérives telles que: le mépris des plus vulnérables, culte de l’enrichissement personnel, abus d’autorité, corruption systémique et instrumentalisation des institutions publiques. Pourtant, ces pratiques affectent profondément la crédibilité de l’État et la confiance citoyenne.

Corruption et gouvernance : un malaise persistant

L’absence de déclaration de patrimoine de plusieurs hauts responsables du pouvoir militaire tels que Balla Samoura, Amara Camara, Dansa Kourouma, les membres du gouvernement actuel qui est pourtant perçue comme un impératif moral et politique, illustre les faiblesses actuelles de la gouvernance. Et c’est une situation qui alimente le sentiment d’une corruption diffuse, parfois dissimulée, qui fragilise davantage un État déjà en crise.

Pour une partie de l’opinion publique, cette incapacité à instaurer des mécanismes transparents de reddition des comptes symbolise la déliquescence de l’appareil étatique et l’éloignement progressif des principes qui fondent une transition crédible.

Libertés publiques sous pression

Au-delà des enjeux de gouvernance, la restriction des libertés fondamentales constitue l’un des points de tension majeurs. Le droit de manifester pacifiquement, pilier de toute démocratie, est de plus en plus remis en cause, notamment lorsque des citoyens expriment leur désaccord face à l’orientation du gouvernement.

Ces limitations sont perçues comme une tentative de neutraliser toute contestation et de réduire l’espace du débat public. Or, priver une population de son droit à l’expression revient à compromettre les bases mêmes de la citoyenneté et à accentuer le fossé entre gouvernants et gouvernés.

Une transition qui perd de sa substance

Malgré le soutien affiché par certaines instances régionales, notamment la CEDEAO, l’Union africaine, le processus de démocratisation a progressivement perdu son sens. Arrestations, menaces et violences à l’encontre des opposants politiques ou des acteurs de la société civile nourrissent le sentiment d’un verrouillage du système.

Pour de nombreux analystes, ces pratiques traduisent une dérive autoritaire incompatible avec l’objectif affiché de démocratisation et risquent de compromettre durablement la crédibilité du processus électoral à venir.

Le risque d’un débat politique confisqué

Dans ce contexte, le débat d’opinion peine à exister dans un climat serein. Désormais, le vote citoyen est remplacé par des logiques automatiques, communautaires ou fanatiques, vidant les élections de leur substance démocratique.

L’histoire politique montre pourtant que lorsque le pluralisme disparaît, la démocratie cesse de refléter la volonté populaire et devient un instrument au service d’intérêts particuliers, parfois au mépris de la loi et de l’intérêt général.

Une responsabilité historique

Cependant, aucun pouvoir ne peut durablement s’imposer par la violence, la peur ou la corruption. Les régimes qui empruntent cette voie finissent inévitablement par perdre leur légitimité. La Guinée, riche de son potentiel humain et de son aspiration à la liberté, mérite une transition fondée sur la justice, l’éthique et le respect des droits fondamentaux.

Redonner du sens à cette transition implique de restaurer la confiance, de promouvoir la compétence, de garantir les libertés et d’ouvrir un véritable espace de dialogue.

À défaut, le pays risque de s’enfermer dans une spirale d’obscurité politique dont les conséquences pourraient être durables, bien au-delà des murs de la maison centrale de Conakry.

Par Aissatou Cherif Baldé-Diallo

https://african-panorama.com/

 

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