Guinée : Même pièce, mêmes acteurs, même comédie, toujours le même public !
L’histoire se répète comme un vieux feuilleton : mêmes acteurs recyclés, mêmes promesses, mêmes désillusions. Chaque arrivant au pouvoir promet monts et merveilles. Le résultat est tragique : des citoyens qui pataugent dans les rues boueuses de Conakry après chaque pluie, subissent les coupures d’électricité comme un rituel, font la queue pour un peu d’eau potable comme on attend un miracle et souffrent des conséquences d’une urbanisation chaotique qui transforme chaque quartier en labyrinthe d’inégalités et de misère.
Pire encore, nous pleurons des proches victimes de violences ou de politiques économiques défaillantes en matière de santé, de sécurité, d’alimentation et de services sociaux…dont les responsables et commanditaires savourent l’impunité.
L’ironie est amère : la Guinée est un pays si riche qu’elle pourrait nourrir, éclairer et rendre heureux chacun de ses enfants. Pourtant, ses élites préfèrent se complaire dans les flatteries d’agences de notation étrangères ou auprès de larbins au service de la médiocrité, adulés et décorés par les chefs, plus soucieux de médailles que de dessiner un avenir décent.
On nous gave de titres bidons, comme cette « Deuxième performance économique de l’Afrique francophone ». C’est se proclamer champion d’un marathon dans son salon. Impressionnant, non ? Mais vide de sens.
On nous dit que la Guinée croît à plus de 6 % par an.
Où vit-elle, cette croissance ? A-t-elle bitumé une route, équipé un hôpital, construit une université, créé un emploi durable pour notre jeunesse ? La réalité est un spectacle de pauvreté ambiante et de corruption systémique, mais le peuple est sommé de ravaler sa fierté pour applaudir des chiffres qui ne remplissent ni les marmites ni les estomacs.
Cette croissance est trompeuse. Imaginez dix familles dans un quartier : une seule reçoit 10 millions de francs guinéens, les neuf autres rien. Les statistiques prétendront que : « chaque famille dispose d’un million ». Sur le papier, tout le monde est riche. Dans la réalité, neuf familles crèvent de faim. Même un écolier comprendrait cela.
On nous vante une dette publique d’environ
38 % du PIB, bien plus faible que celle de la France (110 %), du Sénégal (70 %) ou de la Côte d’Ivoire (56 %). À la différence avec ces derniers, ils construisent concrètement des routes, attirent des investissements productifs et développent des infrastructures durables ? Pas la Guinée. Un taux d’endettement bas ne crée pas forcément de richesse, surtout quand les marges de manœuvre qu’il offre sont englouties dans le vide, sans projet ni vision pour diversifier l’économie.
Je ne prétends pas être expert en économie; je ne suis qu’un profane observateur. Cependant, la vérité saute aux yeux. Cette croissance est un leurre. On peut nous expliquer comment le PIB croît, mais si l’on ne nous dit pas pourquoi cela ne change rien dans nos vies, nous passons à côté de l’essentiel. Si la gouvernance économique et politique n’améliore pas le quotidien, c’est qu’elle ne sert qu’à asservir le peuple.
En 2024 et 2025, la Guinée doit son souffle économique presque exclusivement à la bauxite. Avec près de 145 millions de tonnes exportées en 2024 et déjà plus de 99 millions de tonnes à mi-2025, Le secteur minier représente plus de 80 % des exportations et donc une part significative des recettes de l’État.
C’est ce flux qui a permis de maintenir le déficit budgétaire autour de 3 % du PIB, malgré l’augmentation des dépenses publiques. Sans cette manne, le déficit budgétaire aurait été un gouffre bien plus profond. L’économie guinéenne est donc vulnérable à des facteurs totalement externes, ce qui est un réel risque pour son avenir.
L’économie guinéenne repose sur une seule jambe : bauxite, or, fer. Nos voisins font mieux : le Sénégal diversifie son économie (tourisme, agriculture, pétrole, gaz), la Côte d’Ivoire capitalise sur cacao, café, coton et électricité. La dépendance exclusive de la Guinée aux matières premières la rend vulnérable, Une simple fluctuation de prix sur le marché mondial suffirait à provoquer l’effondrement.
Pourquoi tant d’intellectuels ferment-ils les yeux, devenant complices de ce mensonge ?
Dans ce grand théâtre, les économistes ne sont pas seuls. Certains guides spirituels et imams ont eux aussi troqué leurs turbans et boubous de sagesse pour se muer en relais du pouvoir, transformant l’islam en instrument politique. Ils enferment les fidèles dans une dépendance et une servitude, détournant leur colère légitime vers une obéissance forcée qui profite aux véritables détenteurs du pouvoir.
Le tableau est sombre. La Guinée étouffe sous le poids de ses potentialités gaspillées.
Vivement la fin de ce scénario pour que le peuple devienne enfin le véritable héros de l’histoire et non un figurant muet applaudissant les illusions.
Moustapha Ditinn Barry
Citoyen Guinéen
Source: https://www.visionguinee.info/guinee-meme-piece-memes-acteurs-meme-comedie-toujours-le-meme-public/
