Guinée : Opération à Sonfonia, quatre morts, un silence d’État, la vérité que le communiqué ne dit pas
À l’heure où les Guinéens s’éveillaient dans la torpeur d’un samedi de fin d’année, le quartier populaire de Sonfonia Africof s’est transformé en théâtre d’affrontements meurtriers. À 4 h du matin, une opération menée par les forces spéciales et le GIGN a visé un colonel de l’armée guinéenne, accusé d’insubordination.
Le communiqué officiel, signé par le Général Balla Samoura, évoque une « neutralisation d’un groupe armé aux intentions subversives ». Mais derrière cette rhétorique militaire, les faits sont autrement plus graves.
Quatre morts, trois blessés civils : un bilan officieux qui dérange
Selon des sources concordantes, l’officier visé aurait résisté à son interpellation, déclenchant une fusillade nourrie entre ses hommes et les unités d’intervention. Quatre personnes ont perdu la vie, dont au moins un militaire, et trois civils ont été grièvement blessés par des balles perdues. Le communiqué officiel ne mentionne ni les victimes, ni les circonstances exactes de l’opération. Il appelle au calme, félicite les unités engagées, et assure qu’« aucune menace immédiate ne pèse sur la population ».
Mais dans les rues de Conakry, le calme est celui de la sidération. Les habitants de Sonfonia parlent d’une descente brutale, de tirs nourris, de cris, et d’un quartier bouclé sans explication. Le silence des autorités sur les pertes humaines est vécu comme une insulte à la douleur des familles.
Une armée en guerre contre elle-même
Derrière cette opération se cache une fracture profonde au sein des forces armées guinéennes. Depuis plusieurs mois, le chef de la junte, Mamadi Doumbouya, restructure l’armée en plaçant les forces spéciales au cœur du dispositif militaire. Des officiers triés sur le volet sont envoyés en formation d’état-major à l’étranger : Mouctar Kaba Spartacus en France, de retour en Guinée, Baba Barry actuellement au Maroc, d’autres encore en Europe. Objectif : bâtir une élite militaire fidèle et centralisée.
Mais cette stratégie suscite un malaise grandissant dans les rangs de l’armée régulière. Les unités historiques comme le BATA ou le bataillon chars du camp Alpha Yaya Diallo se disent marginalisées, désarmées, privées de moyens. « On bricole pour nos formations internes pendant que les forces spéciales voyagent et s’équipent », confie un officier sous couvert d’anonymat.
Sonfonia, symptôme d’un malaise systémique
L’affrontement de Sonfonia n’est pas un simple incident. Il est le symptôme d’une armée fracturée, où les rivalités internes prennent des allures de guerre de territoire. Des factions se forment, prêtes à défendre leur place face à une architecture militaire nouvelle, imposée sans concertation. Le colonel visé ce matin-là serait l’un des premiers à refuser de céder. Il n’a pas fui : il a résisté.
Et c’est cette résistance qui a coûté la vie à quatre hommes, blessé des civils, et plongé un quartier dans la peur. Le silence officiel, lui, ne fait qu’amplifier la colère.
Vers une militarisation du conflit politique ?
Si rien n’est fait pour apaiser les tensions, les prochaines semaines pourraient être marquées par une escalade. L’armée guinéenne, au lieu d’être un rempart contre l’instabilité, devient le champ de bataille d’un projet politique opaque.
Si aucune mesure n’est prise pour rétablir la confiance entre les différentes composantes de l’armée, les prochaines semaines pourraient être marquées par de nouvelles tensions. La militarisation du pouvoir, la marginalisation des unités régulières et l’absence de dialogue nourrissent un climat délétère. Les Guinéens, eux, observent avec inquiétude une armée en mutation, dont les rivalités internes pourraient bientôt déborder sur le terrain civil.
Rédaction de KoumaMedia
